Partager la page
En Sierra Leone, Jolaks mise sur la transformation locale de l’huile de palme
Publié le
Dans sa raffinerie de Freetown, la société familiale Jolaks transforme jusqu’à 300 tonnes par jour d’huile de palme brute en huile alimentaire. L’accompagnement de Proparco, réalisé dans le cadre de l’initiative Aria, permet à l’entreprise de développer ses capacités de production et contribue à améliorer la sécurité alimentaire de la Sierra Leone. Sur place, dirigeante, agricultrice, commerçant et responsables publics font vivre une filière essentielle qui associe petits producteurs, industrie locale et débouchés commerciaux autour d’un produit de base de l’alimentation des Sierra-Léonais. Reportage.
Sous la charpente métallique de l’entrepôt, les bidons jaunes s’empilent en rangées compactes, jusqu’à former de véritables murs. À quelques mètres, des opérateurs vêtus de polos aux mêmes couleurs surveillent la ligne de remplissage. Des contenants translucides avancent sur le convoyeur ; plus loin, quelques échantillons d’huile de teintes diverses sont alignés devant les écrans de contrôle. À l’extérieur, des camions-citernes stationnent bruyamment, sous un soleil de plomb. De larges tuyaux, semblables à des boas géants, déversent leur précieux chargement dans des cuves semi-enterrées : l’huile de palme brute, rouge comme la terre et indigeste, prête à devenir, après un processus de transformation rigoureux, l’huile de palme alimentaire consommée quotidiennement en Sierra Leone.
Circuit court
Bienvenue sur le site industriel de Jolaks, en plein cœur de la capitale Freetown. La Sierra Leone, en proie à de nombreux défis liés à la sécurité alimentaire, voit émerger une volonté politique nouvelle pour rendre le pays plus autonome dans sa production d’aliments de base, dont l’huile de palme fait partie. L’activité du site traduit concrètement cette ambition, reprise par Ekta Nandwani, « née et élevée à Freetown » et directrice du groupe Pee Cee Holding Limited, maison mère de Jolaks : « Nous avons accès à l’huile de palme ici, nous avons les terres, alors pourquoi ne pas faire en sorte que le pays puisse devenir autosuffisant ? »
Jolaks Manufacturing est une raffinerie capable, selon sa dirigeante, de transformer jusqu’à 300 tonnes par jour d’huile de palme brute en huile de palme alimentaire. Avec le souci de produire sur place, d’offrir un débouché aux agriculteurs et agricultrices de la région, et de mettre sur le marché une huile vendue directement dans les échoppes des marchés à travers le pays.
Un financement de 20 millions de dollars
Le chemin qui mène à cette volonté d’indépendance alimentaire passe par Aria, acronyme d’Africa Resilience Investment Accelerator. Soutenue par Proparco, l’initiative vise à favoriser les investissements dans les économies les plus fragiles. Valerie Entsiful, responsable pays pour la Sierra Leone d’Aria, explique la naissance du dispositif par le constat d’une répartition inégale des flux de capitaux sur le continent. Et raconte la genèse du projet Jolaks :
« Chaque année, nous organisons une mission de prospection réunissant des institutions de financement du développement du monde entier qui échangent avec des entreprises en phase de développement de projets. Lors d’une de ces missions, Proparco a rencontré Jolaks. Les objectifs poursuivis par l’entreprise étaient très clairs, en termes de sécurité alimentaire et de création d’emplois pour les jeunes en Sierra Leone. »
Des impacts en phase avec ceux recherchés par Proparco, qui donneront naissance à un partenariat de financement conséquent. Sadio Dicko, directeur régional de Proparco en Afrique de l’Ouest, présente ainsi Jolaks comme un « acteur essentiel pour la population de la Sierra Leone » :
« Nous avons accompagné Jolaks à travers un financement de 20 millions de dollars. Cela va permettre à l’entreprise de développer ses capacités de production pour faire plus de transformation d’huile de palme localement, et ainsi sécuriser l’approvisionnement de cette denrée de base pour la population sierra-léonaise. »
Pour Ekta Nandwani, l’apport du partenariat entre Proparco et Jolaks ne s’arrête pas aux fonds engagés :
« Pour nous, ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est aussi le savoir que nous acquérons. Car nous avons des objectifs ambitieux : faire grandir Jolaks et faire connaître au reste du monde ce que la Sierra Leone peut offrir. »
« Un débouché régulier et rémunérateur »
L’autre versant du projet se trouve en amont de la raffinerie, chez les producteurs et productrices d’huile de palme. Ekta Nandwani dit entretenir d’excellentes relations avec les agriculteurs. Jusqu’alors, explique-t-elle, certains n’avaient pas d’endroit où livrer leur production et la voyaient tout bonnement gaspillée. La possibilité de la vendre à Jolaks leur donne la perspective de produire davantage et d’augmenter leurs revenus.
Pour les producteurs locaux, Jolaks représente un débouché régulier et rémunérateur, qui sécurise les revenus et encourage la production :
« J’ai commencé à travailler avec eux en 2001. Ils m’ont déjà beaucoup aidée et j’ai une très bonne relation avec eux. Ils nous paient un bon prix, donc on revient toujours ici. »
La chaîne se prolonge jusqu’au marché de Freetown. Devant les rayonnages serrés d’une petite boutique, un commerçant explique travailler avec Pee Cee & Sons depuis plus de quinze ans. Il vend des produits à base de riz, du sucre et bien sûr de l’huile de palme produite chez Jolaks : « Certains achètent pour la qualité, d’autres pour le prix raisonnable. Associer ces deux atouts permet de vendre bien plus », observe-t-il, avant de rappeler un proverbe : « Les petits ruisseaux font les grandes rivières. »
Emplois, importations et sécurité alimentaire
Le développement d’entreprises comme Jolaks est présenté comme répondant à un triple objectif pour la Sierra Leone : créer des emplois, réduire les importations et améliorer la sécurité alimentaire :
« Nous étions importateurs nets d’huile végétale. Jolaks est l’un des acteurs de ce secteur qui nous permet aujourd’hui d’être exportateurs nets de cette même huile végétale. »
Le ministre affirme que la production d’huile de palme a récemment augmenté « d’au moins 8 à 10 % chaque année ». Il évoque des investissements auprès des petits agriculteurs, mais aussi dans de grandes exploitations appelées à soutenir les petits exploitants. Derrière les volumes et les infrastructures, le ministre insiste sur les effets concrets que la réussite de l’entreprise peut avoir sur les familles : « Si cette entreprise réussit, ils pourront mettre leurs enfants à l’école, ils auront accès à suffisamment de nourriture, réduisant l’insécurité alimentaire », explique Henry Musa Kpaka.
Plus largement, le responsable politique juge encourageant le développement de grands acteurs privés dans des filières telles que le riz, les oignons, l’huile de palme ou la farine : ils créent des emplois, ont les reins solides et contribuent à réduire les importations.
Un pays ouvert à fort potentiel
Plus qu’une entreprise, Jolaks illustre le potentiel d’un pays qui cherche à valoriser ses ressources, développer son industrie et ses partenariats internationaux. Alpha Ibrahim Sesay, ministre du Commerce et de l’Industrie de la Sierra Leone, évoque ainsi le renforcement des relations diplomatiques et économiques entre la Sierra Leone et la France :
« Prenons l’exemple de Freetown : il y a de nombreuses opportunités d’investissement dans le tourisme et dans l’agriculture. Ce sont des domaines dans lesquels les entreprises françaises possèdent une grande expérience. Plus globalement, nous identifions des opportunités comme celles de Jolaks pour promouvoir notre pays et faire en sorte que chacun sache que nous sommes prêts à faire des affaires. »
A lire aussi
Avec le moulin de Sonoco, la Sierra Leone investit dans la sécurité alimentaire
Publié le 10 mai 2026
Beacon Power Services : la donnée au service de la transformation énergétique en Afrique
Publié le 23 avril 2026