Partager la page
Avec le moulin de Sonoco, la Sierra Leone investit dans la sécurité alimentaire
Publié le
À Freetown, un grand moulin industriel inauguré en mai 2026 permet de garantir durablement l’approvisionnement en farine de la Sierra Leone. Porté par l’entreprise Sonoco et son partenaire français Eurograin, ce projet stratégique soutenu par Proparco marque une étape clé vers l’autonomie alimentaire du pays tout en favorisant l’emploi et de nouvelles perspectives industrielles. Reportage sur place, quelques semaines avant le lancement.
De ses longs doigts fins, Chernoh Saadu Jalloh aligne d’un geste machinal les savoureux pains blancs de sa dernière fournée, étonnamment semblables aux baguettes françaises. Grâce à son four artisanal en terre cuite, ce boulanger indépendant d’un quartier périphérique de Freetown, en Sierra Leone, sort plusieurs centaines de pains par jour. Une denrée indispensable dans ce pays d’Afrique de l’Ouest anglophone où les deux-tiers de la population souffre encore d’insécurité alimentaire. L’approvisionnement en farine revêt donc une importance stratégique vitale pour le pays, classé au 184e rang sur 193 de l’Indice de développement humain des Nations unies.
Jusqu’à présent, celle-ci y était directement importée de régions lointaines, comme le Moyen-Orient. Avec en corollaire des coûts de transport très élevés, une qualité nutritionnelle dégradée ou encore des propriétés de stockage limitées dans le temps. Sans oublier la régularité incertaine des livraisons en cas de situation géopolitique mondiale dégradée – la crise iranienne actuelle agissant comme une redoutable démonstration par l’exemple.
C’est dans ce contexte que la Sierra Leone encourage les investissements bénéfiques à l’amélioration de la sécurité alimentaire du pays, à travers la production ou la transformation locale des aliments de base, comme le blé en farine.
© Proparco
Je représente les boulangers de ce pays, les hommes et les femmes qui se lèvent très tôt le matin pour mettre du pain sur la table de chaque Sierra-Léonais. Produire la farine ici est une très bonne chose : cela nous permettra d’en avoir quand nous en aurons besoin, et aidera beaucoup les boulangers, non seulement à Freetown, mais dans tout le pays.
Traduction concrète de ce chemin engagé vers l’indépendance alimentaire, l’entreprise Sonoco met en ce début de printemps la dernière main à un immense moulin industriel sur le port de Freetown. Avec le soutien d’un prêt de 23 millions de dollars octroyé par Proparco, Sonoco s’apprête à lancer une minoterie de blé tendre d’une capacité de 600 tonnes par jour de farine de blé fraîche et de qualité.
Tout au bout du port, Moustapha Gning, ingénieur civil et directeur des opérations de Sonoco, explique en montrant la mer :
Ce silo, d’une capacité de 40 000 tonnes, est fabriqué par Eurograin, une entreprise française à l’expertise reconnue dans ce domaine et dirigée par Nicolas Perrachon :
Nous sommes basés à Dreux, à une heure à l’ouest de Paris, où nous fabriquons l’essentiel des éléments constituants d’un silo. Ici à Freetown, ce silo va permettre de livrer en blé le moulin au fur et à mesure des besoins, dans d’excellentes conditions de stockage. Grâce à cette unité, il est possible de gérer dix semaines d’exploitation. Sans un silo d’une telle capacité, il faudrait acheminer le blé directement des bateaux dans le moulin à raison de plusieurs centaines de tonnes par jour : ce serait impossible.
« Une avancée majeure pour la Sierra Leone »
Sur le toit de leur moulin, perchés à 37 mètres de hauteur, les équipes de Sonoco goûtent le travail accompli. L’enchevêtrement de tuyauteries qui percent les plafonds des sept immenses étages, tel un séquoia planté dans un immeuble, est sur le point d’entrer en action. Il accomplira un processus de transformation du blé en farine bien plus complexe que l’image d’Épinal du moulin d’Alphonse Daudet.. Tout sourire à l’évocation de son bébé, Mark Pritchard, le directeur général de Sonoco Sierra Leone, revient sur cette aventure :
Ce projet représente une étape majeure pour l’industrialisation de la Sierra Leone. Il s’agit d’une unité de production de pointe, avec une capacité de production équivalente à 9 000 sacs de 50 kilos chaque jour ! Ce projet n’aurait jamais vu le jour sans le soutien de nos partenaires. Je tiens à remercier tout particulièrement Proparco, qui nous accompagne depuis le début — non seulement sur le plan financier, mais aussi à travers un appui stratégique précieux, et qui nous a permis d’aller plus loin et plus vite.
Pour Sonoco, dont le siège est situé en Guinée voisine, le travail en équipe a été l’une des clés de la réussite du projet dont les impacts dépassent le cadre de la production locale :
En plus de son impact humain et économique, ce projet s’inscrit dans un enjeu stratégique majeur pour le pays : renforcer durablement sa sécurité alimentaire.
« Nous sommes très fiers d’accompagner Sonoco, un groupe agro-industriel que nous avons financé à hauteur de 23 millions de dollars », répond comme en écho Sadio Dicko, directeur régional Afrique de l'Ouest pour Proparco, avant de rappeler que « ce projet emblématique a été lancé dans le cadre de l’initiative FARM, poussée par le président de la République française Emmanuel Macron. Son objectif est d’accompagner ce renforcement de la sécurité alimentaire dans des pays prioritaires tels que la Sierra Leone. »
Pour les dirigeants du pays, le moulin de Sonoco symbolise avant tout les avancées concrètes de la Sierra Leone vers une autonomie alimentaire renforcée et un développement industriel indispensable.
Nous avons trois objectifs principaux en matière de sécurité alimentaire : réduire les importations de produits de base, augmenter nos exportations de cultures commerciales, et répondre aux défis nutritionnels. Voir de grandes entreprises privées s’impliquer dans différentes chaînes de valeur agricoles - riz, huile de palme, farine - est encourageant : elles créent des emplois, assurent une certaine durabilité et réduisent notre dépendance aux importations.
Des objectifs ambitieux qui requièrent l’implication de tous les acteurs nécessaires à l’aboutissement de projets d’envergure à l’échelle du pays, à commencer par la mobilisation du secteur privé au niveau international :
Il est difficile de mobiliser localement les financements nécessaires pour les grands projets. Nous devons donc nous appuyer sur des partenaires et des investisseurs internationaux. Les entreprises françaises ont beaucoup d’expérience. Nous apprécions cela et nous espérons organiser davantage de conférences d’investissement entre la France et la Sierra Leone.
Entre les projets et leur aboutissement, il reste à activer le maillon manquant de la chaîne, décrit par le deuxième personnage de l’État :
Ce dont nous avons besoin, c’est d’un pont vers le capital. Proparco fait partie de ce pont-là. Ce pont peut créer des opportunités de production, d’autosuffisance alimentaire, d’infrastructures et d’emplois pour les jeunes. On ne peut plus attendre l’aide au développement. Nous devons créer nous-mêmes des opportunités pour attirer les investissements occidentaux : c’est cela qui est soutenable et durable.