12
usines
1500
points de collecte
240 000
tonnes de batteries recyclées par an
Fondé en 1992, le groupe indien Gravita traite chaque année quelque 240 000 tonnes de batteries plomb-acide conformément à des normes environnementales et de sécurité strictes. Récemment financé par Proparco, cet acteur industriel de référence – également présent au Sri Lanka et dans cinq pays en Afrique – permet ainsi de structurer une filière, souvent dominée dans les pays en développement par le secteur informel. Reportage au siège du groupe à Jaipur, capitale de l’État indien du Rajasthan.
Gravita - Sunil Kumar Gudage

Discipline et rigueur. Sur le site industriel de Gravita, qui se déploie sur plusieurs hectares au lieu-dit de Phagi, à une trentaine de kilomètres de la ville indienne de Jaipur, tout est minutieusement géré avec ordre et méthode. Les repas - pris à heure fixe dans des zones dédiées -, les temps de repos - accordés aux 400 personnels du site - et les consignes de sécurité - rappelées à l’entrée de tous les bâtiments -, que chacun est tenu de respecter à la lettre.

Face aux acteurs illégaux du secteur informel

« C’est un site industriel sensible qui recycle de grandes quantités de plomb issues de batteries usagées, le plus souvent utilisées par l’industrie automobile. Le respect des règles de sécurité est pour nous un impératif absolu », appuie Sunil Kumar, directeur général de l’usine. Une priorité sécuritaire qui, rappelle cet ingénieur en chimie des matériaux, « n’est hélas pas toujours respectée par tous les acteurs [d’un marché réputé sauvage] ». Car en Inde – tout comme au Pakistan, au Bangladesh et dans de nombreux pays d’Afrique – prolifèrent, illégalement, de nombreuses petites unités de démantèlement de batteries au plomb lesquelles, pour la plupart, ne respectent pas les précautions nécessaires. Dans ces géographies, le recyclage non-officiel (aussi appelé « d’arrière-cour ») domine le marché.

Une réalité que rappelle le site indien “The Third Pole” (cité par Courrier International) : « L’accélération de la demande de recyclage a entraîné l’apparition en Asie du Sud d’un vaste secteur informel, florissant […] » Or, une fois démantelées, ces usines illégales laissent souvent derrière elles « des terres contaminées à l’acide, de vieux boîtiers de batteries et des trous creusés ici et là dans le sol ».

Ce que confirme, depuis le siège de Gravita à Jaipur, Naveen Prakash Sharma, directeur exécutif du groupe : « L’industrie informelle du recyclage de batteries plomb-acide – dont les acteurs ne respectent aucune règle – a un lourd impact sur l’environnement et sur l’économie indienne et sur celles d’autres pays en développement. Nous devons mieux réguler le marché et interdire les acteurs du secteur informel ».

Gravita / Inde

Proparco et OeBB s’associent pour renforcer les capacités de Gravita

En 2023, Proparco et OeEB – l’institution autrichienne de financement du développement –  ont apporté un financement commun de 34 millions d'euros à Gravita Netherlands B.V., la division internationale de Gravita India Limited. Cette opération vise à soutenir le développement de nouvelles installations de recyclage du groupe – en particulier au Ghana et au Sénégal - afin d'apporter des capacités supplémentaires et de lancer de nouveaux marchés (dans le recyclage du cuivre et du caoutchouc en particulier). Ce financement va également permettre de répondre aux besoins en fonds de roulement de la division internationale de Gravita et d'aider cet acteur industriel à améliorer ses pratiques E&S à travers un Plan d'Action Environnemental et Social (PAES). « Proparco ne s'est pas contentée de nous apporter un soutien financier », souligne le directeur exécutif de Gravita, « Proparco nous a apporté une nouvelle vision en matière de durabilité et de croissance ainsi que sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ». 

Réduction drastique des risques

Sur le site de Phagi, où Gravita recycle chaque année près de 25000 tonnes de batteries (soit 10 % environ de la capacité totale du groupe) ainsi que des déchets en aluminium, tout est sous contrôle. Les personnels portent des équipements de sécurité spécifiques (gants, masques et combinaisons) tandis que chaque bâtiment industriel (le site en abrite une dizaine) traite une étape spécifique du processus de recyclage : fractionnement hydraulique, fusion, raffinage, valorisation du « plomb rouge »... « Cette répartition permet de cloisonner le processus et d’isoler les risques », précise Sunil Kumar. 

Ce recyclage, complexe, comporte en effet de nombreuses opérations délicates comme celles qui consistent à affiner les parties en plomb ou à purifier l'électrolyte d'acide sulfurique. À tout moment, comme le rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé dans une étude dédiée, du plomb peut alors être libéré tandis que la fusion des composants peut générer des fumées dangereuses.

Garantir une technique de recyclage sécurisée et maitriser son impact sur l’environnement sont les priorités du groupe Gravita. « C’est un processus très exigeant », insiste le directeur du site de Phagi. « Nous n’avons pas le droit à l’erreur. » Accolé aux fourneaux dans lesquels est fondu le plomb usagé avant d’être recyclé sous la forme de barrettes de 10 à 15 kilos, un système industriel complet – baptisé Air conditionner Security System – capte et enferme toutes les fumées toxiques issues de la combustion. « Rien n’est rejeté dans l’atmosphère, ni dans les sols », certifie-t-il. 

La qualité est également une exigence pour l’industriel : dans un laboratoire situé au cœur du site de Phagi, ses équipes scientifiques effectuent plusieurs fois par jour des relevés pour évaluer le degré de pureté du plomb recyclé (qui doit l’être à plus de 99,9 %).

De l’Inde au reste du monde : Gravita élargit son horizon

Acteur mondial, le groupe s'est diversifié ces dernières années sur de nouveaux secteurs (aluminium, plastique, caoutchouc) et de nouvelles zones géographiques, et poursuit une stratégie ambitieuse visant à développer de nouvelles unités de recyclage à l'échelle internationale. « Acteur de référence en Inde et en Afrique, le groupe Gravita souhaite étendre son horizon au marché de l'Amérique centrale et du Sud », précise son directeur exécutif.  « Grâce au soutien de Proparco, nous allons aussi pouvoir atteindre la neutralité carbone sur l’ensemble de nos sites de production, actuels et à venir ».

Gravita / Inde

Recycler au nom de l’art

Preuve que tout se transforme, le groupe Gravita a fait réaliser des œuvres d’art à partir de ses déchets industriels. L’artiste Nidhi, originaire du Rajasthan, a ainsi pris possession du site de Phagi (ainsi que de l’autre usine du groupe à Jaipur) pour réaliser, à partir de métal recyclé, une dizaine de sculptures magistrales. On croise ainsi à l’entrée de l’usine deux œuvres qui représentent une famille (2 parents/ 2 enfants), symbolisant le lien social qui rassemble l’ensemble des employés du site. Tandis que plusieurs représentations d’animaux - dont un hibou (symbole de la prospérité en Inde) et un éléphant (symbole du Rajasthan), voir ci-dessous - sont installées à proximité des lieux de repos et à l’entrée des unités de production. L’artiste cherche à connecter les employés aux éléments naturels et ainsi « à faire entrer la nature dans l’usine ». Nidhi intervient également sur une autre usine du groupe, dans le sud de l’Inde.

Gravita - Art

 

Gravita - Art

 

Gravita - Art