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African Private Fellowship : former la prochaine génération d’investisseurs africains
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Le Fellowship est un programme inédit de formation et de mise en réseau conçu par Proparco, la Commission Afrique de France Invest et le Campus AFD. Quatre jeunes professionnels reviennent dans cet article sur leur expérience du programme : quelles ont été leurs motivations pour rejoindre le Fellowship, quel a été son impact sur leur parcours, quelles sont les spécificités de l’investissement en Afrique, et quels ont été les enseignements qui les ont particulièrement marqués.
Cet entretien réunit quatre anciens participants issus de différentes promotions du programme : Sarah Inem, professionnelle de l'investissement et candidate au Global MBA de l'IE Business School (promotion 1 – 2022) ; Emmanuel Egyam, candidat au MBA de la Stanford Graduate School of Business et ancien associé chez Adenia Partners (promotion 2 – 2023) ; ainsi que Leo Doolooa, associé en investissement chez African Infrastructure Investment Managers (AIIM), et Thelma Carr, associée en investissement chez Verod Capital Management, tous deux issus de la promotion 3 (2024).
Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre l’African Private Equity Fellowship ?
Sarah Inem : lorsque j’ai rejoint le Fellowship, je venais de commencer à travailler dans le capital-investissement, après un parcours dans la finance d’entreprise et la technologie. À l’époque, il n’existait aucun programme comparable sur le continent. Le fait qu’il soit soutenu par l’AFD et Proparco lui conférait une réelle crédibilité. La combinaison de contenus consacrés au capital-investissement et au capital-risque correspondait exactement à ce que je recherchais : mon ambition à long terme a toujours été de créer un fonds africain de capital-risque dédié aux start-ups à forte croissance.
Emmanuel Egyam : quand j’ai rejoint le Fellowship, je travaillais déjà depuis plusieurs années dans le capital-investissement. J’avais compris que ce secteur repose fondamentalement sur l’apprentissage par l’expérience. On apprend en échangeant avec des professionnels qui ont été confrontés à des difficultés, commis des erreurs et trouvé des solutions. C’était ma première motivation. Je souhaitais également mieux comprendre les marchés d’Afrique du Nord et d’Afrique australe à travers le regard de professionnels qui y exercent, mon expérience étant principalement concentrée en Afrique de l’Ouest et de l’Est.
Leo Doolooa : j’ai rejoint le Fellowship au début de ma carrière, peu après mon arrivée dans le secteur du capital-investissement. Contrairement à de nombreux professionnels de la finance, je n’avais pas suivi le parcours traditionnel par la banque d’investissement. Le Fellowship m’a attiré parce qu’il m’offrait précisément ce qui me manquait : un apprentissage concret, une ouverture sur des marchés et des secteurs différents des miens, ainsi qu’une communauté de jeunes professionnels confrontés à des enjeux similaires à travers l’Afrique.
Thelma Carr : mon expérience était jusqu’alors principalement limitée à l’Afrique de l’Ouest. Je souhaitais comprendre comment l’investissement fonctionnait dans le reste du continent : comment les opérations étaient structurées, comment les investisseurs abordaient la création de valeur et si les difficultés auxquelles nous étions confrontés étaient propres à notre région ou communes à l’ensemble de l’Afrique. Je souhaitais également élargir mes connaissances au-delà du capital-investissement traditionnel, notamment en approfondissant les sujets liés au capital-risque, aux enjeux ESG et aux aspects juridiques de l’investissement.
Avec le recul, que vous a apporté le Fellowship et comment a-t-il influencé votre parcours professionnel ?
Sarah Inem : le Fellowship m’a apporté bien plus que des connaissances techniques. Il m’a permis d’approfondir ma compréhension du capital-investissement comme du capital-risque. Les exemples réels de création de valeur et de décisions d’investissement ont rendu l’apprentissage bien plus pertinent qu’un contenu purement théorique. Sur le plan professionnel, le programme m’a également préparée à passer d’un rôle d’investissement régional en Afrique de l’Ouest à un poste international en Europe, axé sur la technologie et la data.
Emmanuel Egyam : le Fellowship a pleinement répondu à mes attentes. Les sessions consacrées à la création de valeur, en particulier, ont profondément changé ma manière d’envisager l’investissement, car elles s’appuyaient sur des entreprises, des décisions et des contraintes réelles. Les liens noués pendant le programme perdurent aujourd’hui à travers nos échanges, nos collaborations et nos efforts pour renforcer le réseau des alumni. Le Fellowship a également renforcé notre conviction que notre génération a une responsabilité collective : contribuer ensemble à façonner l’avenir du capital-investissement africain.
Leo Doolooa : en début de carrière, une grande partie de l’apprentissage du capital-investissement consiste à maîtriser le langage du secteur, comprendre les opérations et développer la confiance nécessaire pour formuler un avis sur un investissement. Le programme a accéléré cet apprentissage en me donnant accès à des professionnels expérimentés, à des études de cas concrètes et à différentes approches de l’investissement, tout en me permettant d’apprendre aux côtés de pairs qui se trouvaient à un stade similaire de leur carrière.
Thelma Carr : le Fellowship a dépassé mes attentes. L’apprentissage est allé bien au-delà des sessions formelles. Si les intervenants, les MOOC et les études de cas ont été très enrichissants, j’ai été surprise de constater à quel point j’ai également appris des autres participants. Depuis la fin du Fellowship, mes responsabilités se sont élargies et incluent désormais le pilotage d’initiatives visant à favoriser l’adoption de l’intelligence artificielle à l’échelle de mon entreprise. Le programme m’a apporté la confiance et le réseau nécessaires pour assumer ces responsabilités plus larges.
Le Fellowship a pleinement répondu à mes attentes a répondu à toutes mes attentes. Ce qui m'a particulièrement marqué, c'est d'avoir pu apprendre auprès de praticiens ayant été confrontés aux mêmes défis que ceux que nous avions rencontrés dans le secteur du capital-investissement.
- Candidat au MBA à la Stanford Graduate School of Business et ancien associé chez Adenia Partners
D’après votre expérience personnelle et professionnelle, qu’est-ce qui caractérise l’investissement en Afrique ?
Sarah Inem : beaucoup de personnes qui investissent dans les start-ups africaines ne sont pas nécessairement africaines. Elles peuvent investir depuis New York ou ailleurs et ne comprennent pas toujours les principaux défis propres aux marchés africains. Ces deux dernières années, nous avons vu plusieurs grandes sociétés occidentales de capital-risque se retirer du continent. Je pense que cela a provoqué une certaine prise de conscience. Davantage d’investisseurs africains prennent aujourd’hui le relais. Pour investir en Afrique, il est essentiel d’impliquer des acteurs locaux. Ils connaissent la région et sont mieux placés que des investisseurs extérieurs pour identifier les solutions adaptées. Le Fellowship a également fait évoluer ma conception des bonnes pratiques dans le contexte africain : les intervenants africains partageaient ce qu’ils avaient réellement observé et mis en œuvre sur le terrain.
Emmanuel Egyam : pour moi, le premier défi est celui de la levée de fonds. Nous restons fortement dépendants des institutions de financement du développement, et j’espère que nous verrons davantage d’investisseurs locaux – fonds de pension, family offices et entrepreneurs – reconnaître la valeur apportée par le capital-investissement. Le deuxième défi concerne les fluctuations des taux de change, qui constituent un enjeu majeur lorsque les fonds sont levés dans une devise et investis dans une autre. Vient ensuite la création de valeur ; en Afrique, elle prend du temps. Les systèmes, les institutions et, parfois, les compétences disponibles rendent ce processus plus long que sur des marchés plus développés. Enfin, les sorties constituent un défi important. Le nombre d’acquéreurs potentiels reste relativement limité : nous avons donc besoin de davantage de sociétés de capital-investissement, de stratégies de sortie plus diversifiées et de marchés de capitaux plus solides. En revanche, nous sommes particulièrement performants lorsqu’il s’agit de créer une véritable valeur opérationnelle. Nous n’avons pas la possibilité de nous appuyer autant sur l’effet de levier : nous devons donc nous concentrer sur la croissance des revenus, l’amélioration des marges et des flux de trésorerie, le renforcement de la gouvernance et des pratiques ESG, et l’accompagnement les entreprises dans la création de valeur réelle.
Leo Doolooa : l’Afrique est un continent qui compte plus de 50 pays, chacun avec ses propres risques, cultures, histoires et spécificités. Ces réalités doivent être appréhendées à travers le prisme de l’investissement, aussi bien en matière de risques que d’opportunités. Cette approche rend l’activité économique et l’investissement sur le continent plus complexes, mais aussi plus riches de sens.
Thelma Carr : en Afrique, il faut accorder une attention particulière à l’environnement macroéconomique, notamment à l’inflation, aux taux de change, aux politiques publiques et à la manière dont ces différents facteurs peuvent affecter les entreprises. Il faut également bien comprendre les personnes qui dirigent ces entreprises. De nombreux entrepreneurs n’ont pas nécessairement suivi une formation académique en gestion, mais possèdent une connaissance très approfondie de leur secteur. L’accès à l’information constitue un autre défi, car les études et les données ne sont pas toujours facilement disponibles. Il faut donc échanger avec des experts, passer du temps sur le terrain et parfois observer directement les réalités du marché avant de pouvoir prendre une décision d’investissement éclairée. C’est cette approche très concrète, au plus près du terrain, qui distingue l’investissement en Afrique.
Le Fellowship favorise l’égalité femmes-hommes au sein de ses cohortes. Sarah et Thelma, le programme a-t-il renforcé votre confiance en tant que jeunes femmes dans le secteur ?
Sarah Inem : la finance en général, et le capital-investissement en particulier, reste un secteur majoritairement masculin. Les femmes y sont encore relativement peu nombreuses. Des programmes comme celui-ci montrent qu’elles ont toute leur place dans cet univers. Savoir que je dispose des connaissances nécessaires pour étayer mes analyses a renforcé ma confiance en moi.
Thelma Carr : je travaille dans une société où les femmes sont bien représentées, y compris à des postes de direction. Le Fellowship m’a confortée dans l’importance de cette représentation, notamment à travers le séminaire « Women in Private Equity ». Entendre d’autres femmes parler ouvertement des difficultés auxquelles elles avaient été confrontées dans le secteur et de la manière dont elles les avaient surmontées m’a permis d’élargir ma perspective au-delà de ma propre entreprise. Cela m’a également rappelé que mon expérience ne reflète pas celle de nombreuses femmes dans le secteur et qu’il reste encore du chemin à parcourir. C’est pourquoi il me tient particulièrement à cœur de soutenir d’autres femmes et de contribuer à créer des opportunités leur permettant de progresser dans le secteur.
Entendre d’autres femmes parler ouvertement des difficultés auxquelles elles avaient été confrontées dans le secteur et de la manière dont elles les avaient surmontées m’a permis d’élargir ma perspective au-delà de ma propre entreprise.
- Associé en investissement chez Verod Capital Management
Quel est le principal enseignement que vous retenez de votre participation au Fellowship ?
Sarah Inem : l’un des principaux enseignements que je retiens est que l’investissement en Afrique nécessite une véritable connaissance du terrain. Le Fellowship m’a également permis de renforcer considérablement ma maîtrise du capital-risque et ma confiance dans ce domaine. Aujourd’hui encore, je m’appuie sur ces enseignements et ces expériences dans mon travail.
Emmanuel Egyam : pouvoir échanger directement avec des professionnels qui avaient une expérience concrète de l’investissement a été extrêmement précieux. Mon principal apprentissage a été de mieux appréhender les défis liés à l’investissement et les leviers de création de valeur, notamment grâce à l’approche du Fellowship fondée sur l’apprentissage par l’expérience.
Leo Doolooa : apprendre à considérer l’Afrique comme un ensemble de marchés très différents a été l’un des principaux enseignements pour moi. Il est essentiel de comprendre et de prendre en compte les spécificités de chaque pays dans les décisions que nous prenons. Les échanges concrets avec des investisseurs expérimentés m’ont aidé à développer cette approche.
Thelma Carr : ce sont les études de cas qui m’ont le plus marquée. J’ai particulièrement apprécié de pouvoir découvrir la manière dont d’autres personnes réfléchissaient à une même problématique et de voir comment les approches pouvaient varier d’un marché à l’autre. Cela m’a également confortée dans l’idée qu’investir en Afrique nécessite de bien comprendre l’environnement macroéconomique, de passer du temps sur le marché, d’échanger avec des experts et d’acquérir une connaissance approfondie des entreprises dans lesquelles on investit.
The Fellowship reinforced the importance of questioning assumptions, understanding each country, and approaching investment decisions bearing in mind these nuances.
- Associé en investissement chez African Infrastructure Investment Managers (AIIM)
Quels conseils donneriez-vous aux futurs Fellows ?
Thelma Carr : les jeunes professionnels de l’investissement qui cherchent à élargir leurs horizons au-delà de leur marché d’origine et à approfondir leur compréhension des différentes réalités de l’investissement en Afrique en tireront tout particulièrement profit. J’encouragerais également les femmes à candidater, pour renforcer leur confiance en leurs capacités et en leurs compétences.
Leo Doolooa : je conseillerais de tirer pleinement parti de l’accès qu’offre le Fellowship aux expériences d’autres professionnels. Cela permet d’apprendre de leurs parcours et d’éviter de reproduire certaines erreurs.
Sarah Inem : je conseillerais de ne pas hésiter à candidater. Le Fellowship n’est pas simplement un programme de six mois : c’est un investissement à long terme dans son propre développement et sa carrière. Au-delà des connaissances techniques sur le capital-investissement et le capital-risque en Afrique, il permet de rejoindre un réseau d’alumni et de professionnels et donne accès à de nombreuses ressources.
Emmanuel Egyam : je recommande le Fellowship à toute personne intéressée par le capital-investissement, et tout particulièrement à celles et ceux qui envisagent une carrière dans le capital-investissement et le développement en Afrique. Être attaché au continent et animé par la volonté de contribuer à son développement, tout en prenant conscience de l’impact que l’on peut avoir, rend l’expérience d’apprentissage d’autant plus enrichissante.
Le Fellowship n’est pas simplement un programme de six mois : c’est un investissement à long terme dans son propre développement et sa carrière.
- Professionnel de l'investissement et candidat au Global MBA de l'IE Business School
A new phase for the Fellowship
Le Fellowship entre dans une phase charnière de son développement : il s’agit d’assurer sa pérennité et de préparer la prochaine étape de sa mise en œuvre. L’une des priorités est de réunir des partenaires de premier plan du secteur pour accompagner l’essor du programme, d’élargir sa portée et d’en renforcer encore l’impact.
En parallèle, le Fellowship fera l’objet d’une refonte, menée en étroite collaboration avec ses futurs partenaires et sa communauté d’alumni. En s’appuyant sur leur expérience, leurs perspectives et leurs retours, Proparco souhaite renforcer le contenu du programme et veiller à ce qu’il reste étroitement aligné avec l’évolution des besoins du secteur de l’investissement.
À terme, l’ambition est de faire du Fellowship un programme de référence pour le développement de la prochaine génération de professionnels de l’investissement en Afrique, en donnant à des profils prometteurs les connaissances, l’exposition et le réseau nécessaires pour réussir et contribuer au renforcement de l’écosystème de l’investissement sur le continent.