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GEF Capital : préparer le terrain pour le financement de l’atténuation et de l’adaptation climatiques
Publié le
Anibal Wadih Fondateur et directeur général GEF Capital
GEF Capital investit dans des solutions privées de lutte contre le changement climatique, en matière d’atténuation et d’adaptation. Son partenariat avec Proparco a été déterminant pour attirer l’investissement d’institutions clés. Entretien avec Anibal Wadih, son fondateur et directeur général, également responsable de GEF Latam, la plateforme latino-américaine du fonds.
Comment le fonds GEF Latam met-il en œuvre les recommandations de l’Accord de Paris ?
GEF Latam fait preuve d’un engagement sans faille à l’égard de l’Accord de Paris; nous excluons volontairement de nos investissements les secteurs fortement émetteurs en carbone et les hydrocarbures. Nous utilisons des outils d’évaluation développés en interne pour apprécier la compatibilité climatique de chaque investissement, en collaborant activement avec nos partenaires dans cet examen rigoureux. Une fois l’investissement réalisé, GEF aide les entreprises à produire un reporting carbone précis, à piloter en continu leur performance environnementale, et à poursuivre sans relâche leurs efforts de réduction de leur empreinte carbone en visant l’objectif de « zéro émission nette ».
Sur quels outils le fonds s’appuie-t-il pour évaluer les risques climatiques et ESG ?
La démarche de GEF Latam repose sur un certain nombre d’outils, et notamment sur l’évaluation anticipée des impacts. Il s’agit d’un outil de sélection initiale, destiné à analyser les investissements potentiels au regard des Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) et à leur éligibilité dans la taxonomie de l’Union européenne. Cette étape intègre une évaluation du risque climatique en lien avec les normes de la Task Force on Climate-Related Financial Disclosures (TCFD) et avec le référentiel du Projet de gestion d’impact (PGI). Cela nous permet d’assurer l’adéquation des investissements avec les objectifs climatiques.
L’évaluation anticipée des impacts permet d’identifier également de façon préliminaire d’éventuels risques ESG. Conduite par des consultants indépendants, une due diligence spécifique permet d’approfondir de façon plus exhaustive l’étude des risques environnementaux, sociétaux et de gouvernance, en adossant ses conclusions aux normes de performance de la Société financière internationale (IFC) et au référentiel du Sustainability Accounting Standards Board (SASB). Au final, on dispose d’une analyse ESG détaillée et d’un plan d’action environnemental et social (PAES) pour chaque projet d’investissement. Le processus de gouvernance post investissement permet d’assurer la mise en œuvre du PAES, ainsi qu’un suivi continu d’indicateurs clés de performance (KPI), afin de maintenir la conformité ESG tout au long du cycle d’investissement.
Quelle proportion du portefeuille est-elle alignée sur des objectifs climatiques ?
Nous sommes fiers de pouvoir revendiquer un portefeuille aligné à 100 % sur des objectifs climatiques. Comme nous l’avons vu, chaque opportunité d’investissement fait l’objet d’une sélection initiale rigoureuse et d’une due diligence ESG externe approfondie. Ce processus très complet garantit un alignement climatique homogène à l’entrée, et une vérification en continu tout au long du cycle d’investissement – l’intégrité climatique étant ainsi placée au cœur de la stratégie.
Comment le fonds parvient-il à concilier croissance de l’activité et réduction des émissions ?
Le savoir-faire de GEF Latam tient à l’alignement stratégique entre croissance de l’entreprise et réduction des émissions. Les principes de gouvernance climatique sont donc intégrés dès les premières étapes d’évaluation de l’investissement. Les accords d’investissement définissent explicitement les engagements climatiques de nos partenaires, qui sont rappelés et détaillés dans des PAES centrés sur le climat. Chaque entreprise faisant l’objet d’un investissement instaure un Comité de gestion durable, supervisé par des responsables spécialisés, afin d’assurer la parfaite intégration des objectifs de performance climatique dans les objectifs financiers, et pour en faire une valeur « durable ».
75% des ressources de GEF Latam sont allouées à l’atténuation des changements climatiques
En accordant la priorité à des projets transformateurs dans les énergies renouvelables, à des solutions de pointe en matière d’efficacité énergétique, ainsi qu’à des initiatives novatrices en économie circulaire.
Comment les allocations du fonds se répartissent-elles entre adaptation et atténuation climatiques ?
Actuellement, l’allocation stratégique concerne majoritairement l’atténuation, qui représente environ 75 % du portefeuille. La priorité est donnée aux projets d’énergie renouvelable transformateurs, aux solutions innovantes d’efficacité énergétique et aux initiatives pionnières d’économie circulaire. Les 25 % restants sont investis dans l’adaptation climatique, notamment la résilience des infrastructures critiques, par exemple pour des systèmes avancés de gestion de l’eau ou d’assainissement. Fort de son engagement en faveur de la résilience climatique, le fonds vise à accroître fortement ses investissements d’adaptation, afin de répondre à l’urgence des défis environnementaux émergents.
De quels indicateurs le fonds se sert-il pour suivre sa performance climatique ?
Pour les projets d’atténuation, les indicateurs sont les émissions évitées, l’inventaire exhaustif des émissions, l’adoption d’énergies renouvelables, la consommation d’eau, et l’efficacité de traitement des déchets. Les indicateurs d’adaptation évaluent quant à eux les bénéfices concrets en termes de résilience (notamment la protection renforcée des bénéficiaires face aux impacts climatiques), les superficies de terres restaurées, et les volumes d’eau économisés. Ce vaste ensemble de données alimente un tableau de bord dynamique, régulièrement mis à jour et vérifié en externe pour garantir sa fiabilité.
Quels sont les secteurs les plus prometteurs pour la finance climat dans un avenir proche ?
Au Brésil, l’agriculture durable et la gestion raisonnée des sols sont au cœur des stratégies climatiques et de développement, et offrent un potentiel considérable de transformation et d’impact. Le fonds suit de près l’essor très positif des bio-intrants, qui contribuent simultanément à la résilience économique (en réduisant la dépendance aux produits agrochimiques d’importation) et à la résilience climatique, par une meilleure santé des sols et une nette réduction des émissions. Le Brésil présente aussi un potentiel exceptionnel pour les énergies propres, puisqu’il génère plus de 82 % de son électricité à partir de sources renouvelables.
Toutefois, sa forte dépendance à l’hydroélectricité, associée à l’inefficacité de certaines infrastructures, accroît sa vulnérabilité au stress climatique. Le développement de sources non hydroélectriques, comme le solaire ou l’éolien est essentiel pour garantir une résilience énergétique durable. Des opportunités majeures existent en outre dans la gestion avancée des eaux usées et des boues. Avec seulement 51 % de sa population actuellement reliée à des systèmes d’assainissement adaptés, le Brésil pourra, en s’appuyant sur des infrastructures innovantes, améliorer massivement la résilience de ses communautés, la santé publique et la pérennité de sa croissance économique.
Quels enseignements GEF Latam a-t-il tirés de ses investissements en matière climatique ?
Selon notre expérience, il est essentiel d’évaluer les risques liés au climat de façon spécifique à chaque région, et d’intégrer très tôt la gouvernance climatique dans le processus d’investissement. Cela repose sur plusieurs axes. Il faut tout d’abord privilégier le prisme régional. Le changement climatique est un phénomène éminemment local, qui crée des risques et des opportunités propres à chaque région. Si l’on s’appuie seulement sur la comparaison à des références internationales, on peut donc passer à côté de certains risques ou d’opportunités. Les indicateurs exclusivement bâtis sur des référentiels européens de transition climatique omettent ainsi souvent des besoins d’adaptation ou des vulnérabilités de chaîne d’approvisionnement qui sont spécifiques à l’Amérique latine.
Comme nous l’avons vu, il est essentiel aussi d’intégrer en amont la gouvernance climatique aux objectifs. Autrefois, la prise en compte de critères ESG et de cadres de gouvernance climatique après la décision d’investissement pouvait induire une adoption moins rapide et des résistances de la part des équipes dirigeantes. Aujourd’hui, l’intégration de cette gouvernance aux tous premiers stades d’un projet est devenue une priorité. Elle renforce l’engagement des dirigeants, favorise l’identification rapide des risques et des opportunités climatiques et, in fine, améliore les résultats de l’investissement.
En quoi les conditions géopolitiques actuelles influencent-elles l’investissement climatique au Brésil ?
En matière d’investissement climatique, le Brésil jouit d’un avantage stratégique dans la mesure où il bénéficie de la croissance de la demande mondiale pour les énergies renouvelables, les matières premières durables et les minerais critiques. Son potentiel en tant que candidat à la diversification des chaînes d’approvisionnement vient encore renforcer cet attrait stratégique.
Son rôle actif dans des instances internationales comme le G20 ou la COP30 consolide sa crédibilité et son attractivité en matière de financements climatiques internationaux. Cela dit, les incertitudes macroéconomiques mondiales et les défis intérieurs qui persistent dans le pays créent, pour le capital, un empilement de risques qu’il convient d’aborder avec prudence.
Quelles répercussions l’investissement de Proparco a-t-il pu avoir sur la mobilisation de financements climatiques additionnels ?
Le partenariat avec Proparco renforce considérablement la crédibilité de GEF Latam, lui permettant de mobiliser des financements climatiques supplémentaires, de la part d’investisseurs institutionnels et privés. Ses diligences climatiques rigoureuses, ses normes de reporting exigeantes et son expertise dans l’accompagnement technique ont contribué à affiner en interne les référentiels d’évaluation d’impact de GEF Latam, en adéquation étroite avec les engagements climatiques mondiaux.
Le rôle proactif de Proparco a également permis d’attirer des investissements issus d’institutions comme l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) ou la Banque brésilienne de développement (BNDES), mais aussi d’éveiller l’intérêt de plusieurs investisseurs institutionnels, avec qui nous sommes actuellement en discussions pour qu’ils deviennent nos partenaires. Cette collaboration renforce la capacité de GEF Latam à s’engager sereinement dans des secteurs pionniers en matière climatique, notamment les matériaux critiques. Elle le positionne comme un acteur de premier plan dans l’investissement innovant à fort impact climatique.
Action climatique
Les 5 points forts du fonds GEF Latam
1 - Une bonne connaissance de l’Amérique latine
Cette expertise assure une réelle compréhension des risques, un repérage pointu des opportunités climatiques et une forte contextualisation des stratégies d’investissement.
2 - L'un des fonds pour le climat les plus anciens et les plus importants de la région
GEF Latam est adossé à une plateforme internationale, avec des bureaux en Inde et aux États-Unis et un portefeuille de plus de 40 investissements à fort enjeu climatique.
3 - Une gouvernance intégrée des thématiques du développement durable
La gouvernance du fonds est alignée sur des normes internationales comme l’Accord de Paris ou le 2X Challenge, et prend en compte les enjeux climatiques, de la due diligence jusqu’au débouclage.
4 - Un fonds dédié au climat axé sur les vecteurs de la transition, pour l’atténuation comme pour l’adaptation
GEF Latam vise les énergies propres, l’utilisation durable des terres et les solutions de résilience en environnement urbain.
5 - Un rôle de catalyseur pour la mobilisation du capital
Ce rôle se traduit par la capacité du fonds à attirer des investisseurs institutionnels et privés avec des thèses crédibles, pour un impact élevé.