CREA Fund : Proparco soutient, avec l’appui de l’UE, le financement des industries culturelles et créatives en Afrique

publié le 15 Février 2022
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illustration industries créatives et culturelles
Proparco lance CREA Fund, sa première initiative destinée à faciliter l’accès au financement des industries culturelles et créatives en Afrique subsaharienne. Cette facilité, qui sera opérationnelle à l’automne 2022, bénéficie du soutien financier de l’Union européenne à hauteur de 6,47 millions d’euros.
Précisions et analyses de Natascha Korvinus et Manal Tabet, chargées d’affaires à Proparco.

Quel est l’objectif de la nouvelle Facilité CREA Fund (Creative Enterprise Action Fund), soutenue financièrement par l’Union européenne et portée par Proparco ?

 Natascha Korvinus (Chargée d’affaires senior – Venture Capital)  : L’économie de la création a démontré sa capacité à entraîner et à rendre possible le développement durable dans un certain nombre de marchés émergents, mais le secteur est encore l’un des moins bien lotis en matière de financement. L’accès aux financements est en effet l’une des principales barrières auxquelles se retrouvent confrontées les entreprises des Industries culturelles et créatives (ICC).

Avec CREA Fund, Proparco vise à stimuler l’investissement dans les petites entreprises du secteur des ICC, principalement en Afrique, par l’octroi d’une garantie attractive à des fonds dans lesquels Proparco a investi. Cette garantie pourra couvrir une part de la perte potentielle d’un investissement réalisé par ces fonds dans une entreprise du secteur ICC. 
 

Manal Tabet (Chargée d’affaires – Accompagnement Technique & Blending) : Cette offre de garantie sera accompagnée d’un volet Accompagnement Technique (AT). Ce volet offrira aux fonds d’investissement concernés par la garantie, mais aussi, plus largement, aux institutions financières clientes de Proparco (fonds, banques, IMF, etc.) de les appuyer dans leur stratégie de financement des ICC. Elles pourront, par ce biais, avoir recours à de l’expertise externe pour, par exemple, former leurs équipes sur les spécificités des ICC, mener des études de marché ciblées destiné à renforcer leurs flux d’affaires ou encore pour conduire leurs due diligences – celles-ci nécessitant souvent, dans ce secteur, une expertise assez spécifique.

Par ailleurs, la facilité pourra également être sollicitée afin d’accompagner les prospects identifiés ou des entreprises en portefeuille. Nous espérons par ce biais, être en mesure de lever certains des freins au financement des ICC que peuvent rencontrer les fonds ou les banques partenaires de Proparco.

 

Manal Tabet et Natascha Korvinius
Natascha Korvinius et Manal Tabet

 

  • " CREA Fund facilitera l’accès au financement privé pour 5 à 6 entreprises ICC. Il devrait ainsi assurer entre 380 et 456 emplois directs, et avoir un effet d’entrainement vers ces ICC estimé à 22 millions d’euros. "


Quels sont les impacts attendus de cette Facilité composée d’un volet garantie et d’un volet accompagnement technique ?

Natascha Korvinus : CREA Fund vise à améliorer l’accès des ICC aux financements dans une partie de la région ACP, plus précisément en Afrique et dans les Caraïbes (à l’exclusion de l’Afrique du Sud, de l’Afrique du Nord et de la zone Pacifique). Il faut envisager ce programme comme un projet pilote, d’un montant de 5 millions d’euros, disponible pour l’octroi au cas par cas de garanties, sans contrepartie financière, et pour des transactions pouvant aller jusqu’à 1,025 millions d’euros. Le projet CREA Fund facilitera l’accès au financement pour 5 à 6 entreprises ICC. Il devrait ainsi assurer entre 380 et 456 emplois directs, et avoir un effet d’entrainement vers ces ICC estimé à 22 millions d’euros. En outre, le projet CREA Fund s’intègre pleinement dans la stratégie « 100% lien social » du groupe AFD dans son ensemble.
 

Manal Tabet : CREA Fund permettra de sensibiliser les institutions financières aux spécificités des ICC – et de fournir à appui supplémentaire pour encourager le financement de ces TPE/PME qui, bien que disposant souvent d’assets intangibles et de business modèles atypiques, jouent pourtant un rôle fondamental en matière de lien social, de diffusion des savoirs et des cultures, de valorisation des territoires - mais aussi de création d’emplois, notamment parmi les femmes et les jeunes. Une vingtaine de missions d’AT sont ainsi envisagées, en plus de la réalisation d’études de marchés, de capsules d’information et d’évènements de mise en réseau.


Lire le communiqué de presse du 15 février 2022


En 2019, seul 1,1 % du total des investissements des start-up africaines a été consacré aux ICC. Comment expliquez-vous cette difficulté d’accès aux financements ?

Natascha Korvinus: En dépit de son potentiel, le secteur n’a pas (encore) produit à ce jour de grandes success stories en matière de retour sur investissement, et il est perçu comme présentant un risque élevé. De façon générale, les financeurs se montrent pour l’instant réticents à cibler le secteur, du fait de la taille des ICC (principalement des PME et des start-up), de la nature incorporelle de leurs actifs, et d’un manque d’expertise, parmi les intermédiaires financiers, dans la compréhension des spécificités du secteur. Des programmes de subventions et des initiatives soutenues par l’État ou le secteur privé existent mais, en raison d’un déficit majeur d’infrastructures sectorielles, une approche réellement multidimensionnelle du financement est nécessaire. Dans le contexte d’un pays en développement, faute d’accès à des instruments financiers innovants, le fonctionnement et les activités de création des ICC sont rendus difficiles et, bien souvent, impossibles à pérenniser.

Manal Tabet : C’est aussi une partie de ces freins au financement des ICC que la facilité d’AT vise à lever : il y a les freins classiques que l’on rencontre au sein des PME (développement de pipe, due diligence coûteuses, besoin fort en accompagnement des entreprises, etc.) doublé d’un manque de connaissance/ de visibilité des financeurs sur le potentiel de croissance des modèles économiques des ICC. Mettre à disposition de l’expertise pour une meilleure connaissance du secteur et le développement de stratégies adaptées permet de répondre à une partie de ces besoins.
 

  • " L'Union européenne a permis à Proparco d'offrir à ses partenaires les outils nécessaires pour les encourager à envisager des investissements dans ce secteur des ICC. "
     

Quel est le potentiel de croissance et de création d’emplois des industries culturelles et créatives en Afrique subsaharienne ?

Manal Tabet : La première étude d’ampleur sur le sujet a été menée par l’UNESCO en 2015. Elle mettait en exergue le potentiel économique de ce secteur qui représenterait alors près de 29, 5 million d’emplois  et des revenus de l’ordre de 2,225 milliards de dollars dans le monde. En revanche, en Afrique et au Moyen-Orient, cette part n’était estimée qu’à 3% du total des revenus (58 milliards de dollars) et à 8% des emplois pour une région concentrant plus de 17% de la population mondiale.

La marge de croissance est donc conséquente. Elle peut être notamment appuyée par la digitalisation croissante des contenus, l’accessibilité de ceux-ci grâce au mobile ou la baisse des coûts de production et de diffusion liées à l’essor du numérique (streaming, e-commerce, etc.). Elle est également soutenue par une croissance de la population jeune (principale consommatrice de contenus), une appétence grandissante observée pour des contenus culturels locaux ou régionaux et l’émergence, dans certains pays de début politiques publiques culturelles - qui devraient aller en s’accentuant.

Natascha Korvinus: Du fait des récentes avancées en matière de technologie (révolution digitale, notamment), d’éducation et d’innovation, les industries de la création et de la connaissance sont devenues des secteurs dynamiques de l’économie mondiale. La croissance démographique, un accès élargi aux TIC et les dynamiques d’évolution vers de nouveaux modes de vie, associés à des produits et services créatifs, ouvre pour ces activités des perspectives de croissance prometteuses, en particulier dans les pays en développement. Pour sensibiliser à l’importance du secteur et lui donner davantage de place dans l’agenda du développement, les Nations unies ont déclaré 2021 « année internationale de l'économie créative pour le développement durable ».

Parmi les exemples de sous-secteurs CCI prospères en Afrique, on peut citer l’industrie cinématographique nigériane, également surnommée « Nollywood », qui représente un total de 3,3 milliards de dollars et induit un million d’emplois indirects. En 2021, es entreprises telles que Sony Music, Universal Music Group et Warner Music Group ont accru leur présence sur le marché africain. De son côté, Apple Music est passé de 12 à 37 pays en Afrique, et Netflix s’est mis à acquérir et soutenir la production de contenus africains. Au Nigéria, au Kenya et au Ghana, pour ne citer que ces trois pays, on estime que, sur la période 2017-2022, les taux de croissance annuels dans le secteur des médias et du divertissement varient entre 11 % et 21 %.

Plus largement, quelle est la stratégie de soutien de Proparco aux ICC ?

Natascha Korvinus: CREA Fund s’inscrit plus généralement dans l’offre globale du groupe AFD destinée à soutenir le secteur des ICC – offre incluant notamment les initiatives « AFD Accès Culture » et « Afrique Créative ». Avec CREA Fund, Proparco vient ajouter une nouvelle brique au continuum de financement des ICC, afin d’inciter les fonds de private equity à se pencher sur ces entreprises souvent petites, informelles et en phase de démarrage : avec l’adoption des technologies numériques, elles présentent cependant un réel potentiel de montée en puissance. Les ICC constituent ainsi l’un des sous-secteurs éligibles au titre de la facilité « Bridge by Digital Africa ». À cet égard, CREA Fund doit donc être envisagé comme une étape supplémentaire dans le renforcement de notre offre au secteur des ICC.

Manal Tabet : Le soutien aux ICC est un axe fort du groupe AFD - il permet de répondre à nombre de ses priorités stratégiques : soutien aux PME, soutien l’emploi, notamment féminin, création d’impact et de lien social, appui à l’innovation. Proparco s’inscrit donc dans cette démarche, afin de proposer, comme nous le faisons plus largement sur l’entrepreneuriat, un continuum d’activités entre les différentes entités du groupe. Sur cette facilité d’AT, nous collaborons étroitement avec les équipes dédiées de l’AFD et du Campus AFD, et prévoyons des activités conjointes.

Pourquoi le soutien de l'Union européenne est-il important ?

Manal Tabet : L'Union européenne (UE) a permis à Proparco d'offrir à ses partenaires les outils nécessaires pour les encourager à envisager des investissements dans ce secteur des ICC. Avec sa garantie, l’UE réduit considérablement le risque d'investissement et son volet accompagnement technique reste essentiel pour lever d'autres obstacles potentiels.

 

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