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Partout à travers le monde et plus spécialement en Afrique et dans la région Arabe, la question de l’emploi des femmes est un sujet clé. Les femmes représentent en effet des agents économiques dynamiques et puissants, mais leur potentiel économique, est partout sous-employé. De trop nombreux freins existent encore pour leur permettre de faire la différence : les contraintes – culturelles, ou sociétales, voire religieuses - perdurent. Beaucoup de femmes ont la capacité de générer des revenus pour améliorer les conditions de vie de leur famille. Une formation de base pour libérer leur potentiel en entreprenariat, et éventuellement pour renforcer leurs connaissances d’un métier, plus l’accès au financement, peuvent apporter le déclic indispensable.

C’est en faisant ce constat en 1995 que Enda inter-arabe a débuté son activité de microcrédit dans les quartiers populaires de Tunis en donnant la priorité aux femmes. A l’époque, le micro-crédit n’existait pas en Tunisie, même si, bien entendu, il y avait des modules « crédit » dans des projets de développement à durée limitée.

Toujours très actives au sein de leur foyer, réussissant souvent mieux dans les études que les hommes (63% de bachelières en 2017 en Tunisie) leur potentiel demeure sous-estimé et sous-exploité. L’accès aux services financiers grâce au micro-crédit a permis aux femmes à faible revenu de devenir de vraies entrepreneures. Cantonnées chez elles depuis toujours, elles sont aujourd’hui devenues visibles et, le chômage des hommes aidant, beaucoup sont les chefs économiques de leur foyer.

Nous avons pu constater cette véritable révolution dans le plus grand quartier populaire de Tunis, "Cité Ettadhamen", où Enda a lancé le micro-crédit en 1995. Je peux affirmer sans hésitation que l'accès au crédit et l'accompagnement à la micro-entreprise ont largement contribué à l’explosion entrepreneuriale féminine qui touche aujourd'hui toutes les régions défavorisées de Tunisie, aussi bien urbaines que rurales, où Enda est active (80 agences). Aujourd’hui, les femmes tunisiennes ont confiance en elles et sont devenues des acteurs économiques visibles qui créent des richesses et des emplois.

La mise en place de politiques d’emploi adaptées et concrètes ont jusqu'ici ciblé en priorité le secteur formel et les hommes, au mépris des réalités économiques dominées par l’informalité. Une grande partie de l’activité des femmes dans les pays arabes est, en effet, dite « invisible » : faiblement valorisée et peu ou pas rémunérée. Promouvoir la création d’emplois décents et productifs nécessite l’élaboration de politiques intégrées et notamment le soutien à l’entreprenariat au féminin.

Les réalisations de Enda depuis 1995 – l’ONG au départ puis la société anonyme, Enda Tamweel, depuis 2016, démontrent combien l’appui aux entreprises féminines peut être efficace. En 22 ans, Enda a octroyé 2,5 millions de micro-crédits pour un montant de quelque 2,5 milliards de dinars (un milliard d'euros) à 650 000 micro-entrepreneurs dont les deux-tiers sont des femmes. Ces micro-crédits ont permis la création d’innombrables micro-entreprises, l’amélioration des conditions de logement, le maintien d’enfant à l’école ou l’envoi de ceux-ci à l’université. Et certaines familles en sont à la deuxième, voire la troisième génération de micro-entrepreneurs.

L’autonomisation des femmes est une question cruciale pour tous les pays. Il est primordial aujourd'hui de renforcer cette autonomisation en développant les compétences des femmes et en les accompagnant dans la gestion de leurs projets mais aussi dans le domaine de la citoyenneté et la participation à la vie politique et communautaire. En Tunisie, comme dans beaucoup de pays, le chemin est encore long avant que la société toute entière ne reconnaisse le potentiel économique et social des femmes mais c’est en continuant de soutenir des projets comme celui d’Enda Tamweel qu’avec les bailleurs internationaux nous avançons dans la bonne direction.