1405
mégawatts de capacité d'énergie seront installés grâce au financement de Proparco en 2015
0.14
dollar le kWh
AFRIQUE — L’accès universel à des sources d’énergie fiables, abordables et propres constitue l’un des grands enjeux du développement. Lancée en 2011 par les Nations unies, l’initiative « Énergie durable pour tous » veut fédérer acteurs publics et privés – gouvernements, entreprises et sociétés civiles – pour éradiquer la précarité énergétique. Un champ d’action sur lequel Proparco est engagée de longue date.

Un milliard quatre cents millions de personnes vivent sans électricité et trois autres milliards dépendent du charbon et de la biomasse traditionnelle (bois, déchets agricoles…) pour satisfaire leurs besoins en éclairage, en cuisine ou en chauffage. L’Afrique subsaharienne est la région la plus déshéritée en la matière : plus de la moitié de sa population n’a pas accès à l’électricité, soit 620 millions de personnes – et particulièrement en milieu rural. À titre de comparaison, la production électrique de l’Afrique équivaut à celle de l’Allemagne, 13 fois moins peuplée. À quoi s’ajoute un coût moyen du kilowattheure plus cher au sud du Sahara qu’ailleurs : 0,14 dollar contre 0,04 en Asie du Sud, par exemple. Cette précarité énergétique est une entrave au développement humain, social et économique. Son impact sur l’éducation des enfants ou sur la chaîne de valeur agricole (production, transformation, stockage) a notamment été largement démontré. Pire, encore, 1 400 000 personnes meurent chaque année d’avoir inhalé des fumées toxiques dues aux combustibles utilisés pour la cuisine. La malaria fait moins de morts.

off grid, Electric, Afrique, Tanzanie,
off-grid
L’ACCÈS UNIVERSEL À L’ÉLECTRICITÉ N’EST PAS UNE CHIMÈRE
L’initiative « Énergie durable pour tous » a pour ambition, d’ici à 2030, de garantir l’accès universel à des services énergétiques modernes, de doubler la part des énergies renouvelables dans le mix mondial et de promouvoir plus globalement l’efficacité énergétique. Pour concrétiser cette ambition, l’engagement de toutes les parties prenantes est indispensable, à commencer par celui des acteurs privés qui, en tant qu’investisseurs, producteurs et distributeurs, détiennent les solutions. Changer la donne énergétique mondiale passera par des partenariats public-privé innovants, par des investissements privés importants, et par une contribution croisée des États, des entreprises et de la société civile au développement des marchés. D’aucuns y voient un défi, d’autres une opportunité : celle d’innover en matière de finance et de technologies avec, à la clé, de nouveaux marchés, de nouveaux partenariats productifs, des créations d’emplois et de revenus.
PRO-EAV-OFFGRID-LUMIERE-2015
UN FONDS CONTRE LA PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE
« En milieu rural, raccorder un foyer au réseau électrique représente un coût d’investissement important pour les opérateurs », explique Emmanuel Beau, cofondateur du fonds Energy Access Ventures (EAV). « La plupart des États africains n’ont pas les moyens de couvrir ces coûts, d’autant que la consommation se limite souvent à un éclairage de quelques points lumineux, et donc à un retour sur investissement limité. La priorité est toujours donnée au milieu urbain et aux acteurs économiques. » EAV est le seul fonds d’investissement en Afrique subsaharienne dédié au financement (250 000 à 4 millions d’euros) et à l’accompagnement de PME offrant des solutions d’accès à l’énergie pour les populations rurales et périurbaines. Né à l’initiative du groupe français Schneider Electric, qui lui a apporté un tiers de ses ressources, EAV a également bénéficié de capitaux du groupe AFD. En 2015, celui-ci y a investi 5 millions d’euros, via son fonds pour les entreprises en Afrique (FISEA), conseillé par Proparco. À cela s’ajoutent 1,5 million du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) ainsi que les contributions de la CDC britannique, de la Banque européenne d’investissement (BEI) et du Fonds International de l’OPEC pour le Développement (OFID). Proparco et le FFEM participent également au cofinancement d’une assistance technique afin d’apporter des formations et de l’expertise en matière de gestion, de gouvernance ou encore de recyclage aux entreprises dans lesquelles EAV investit. Schneider Electric met, lui, son personnel à disposition, qu’il s’agisse de ses ingénieurs, de ses experts en marketing ou encore de ses responsables d’études.
PRO-EAV-FEMME-2015
PRÉPAYER PAR TÉLÉPHONE
Pour apporter l’électricité aux habitants des campagnes, EAV mise notamment sur les solutions mobiles de prépaiement et sur l’émergence du marché de sys- tèmes solaires de type plug and play (« branche et utilise »). « Elles permettent de s’équiper facilement pour couvrir des besoins simples et de prépayer sa consommation », explique EmmanuelBeau. À ce titre, EAV a réalisé, en 2015, un premier investissement de 2 millions de dollars dans Off Grid Electric (OGE). Basée à Arusha, en Tanzanie, et à San Francisco, aux États-Unis, cette société développe et commercialise des systèmes solaires couplés à des batteries auxquelles sont connectés des lampes à Led, des chargeurs de téléphones et autres appareils électriques. Côté commercialisation, OGE propose un système de leasing pour le financement des équipements solaires et pilote la consommation de ses clients via une offre de prépaiement par téléphone mobile. Chaque mois, OGE éclaire plusieurs milliers de nouvelles personnes en Tanzanie et au Rwanda. L’entreprise prévoit d’en toucher un million d’ici 2017 et de se développer dans les autres pays de la région. D’autres investissements de ce type sont à l’étude ou en passe d’être conclus par EAV.

PRO-AFRIQUE-EAV-OFFGRID-2015
Emmanuel Beau
« Qui peut aujourd’hui vivre sans lumière ? »

Cofondateur d’EAV, Emmanuel Beau voit loin. Il veut apporter une électricité propre et abordable à un million d’Africains d’ici 2025. La condition : mobiliser les investisseurs et lever des capitaux. Décontracté, le regard assuré, Emmanuel Beau parle avec passion d’EAV, de l’accès à l’énergie, de l’Afrique. Pour ce bientôt trentenaire, aider les habitants des campagnes africaines à s’éclairer, a fortiori à partir de sources renouvelables, répond à une nécessité. Celle de « réinventer le monde dans lequel nous vivons, à commencer par nos modèles de production, de distribution et de consommation d’énergie ». Avant de devenir gestionnaire d’un fonds doté de 54,5 millions d’euros, Emmanuel Beau a fait ses preuves sur le terrain, comme au Sénégal, où il a transformé un atelier de brousse en une entreprise sociale de location-vente de systèmes solaires individuels et collectifs (gérée et soutenue par des institutions de microfinance rurale), jusqu’à la gestion d’investissements solidaires dans le secteur de l’accès à l’énergie en Afrique pour Schneider Electric.

Il incarne cette génération d’entrepreneurs et d’investisseurs français audacieux et mus par l’envie d’agir pour « changer le monde ». Sans angélisme, il insiste sur la nécessité de mobiliser des capitaux « en masse » pour y parvenir. « L’explosion du paiement par mobile, dont l’Afrique est championne, et les évolutions technologiques du solaire permettent de développer des solutions individuelles d’accès à l’énergie à bas coût. Et avec elles, de soutenir des business models qui rendent possible l’émergence de sociétés de capital-risque viables. Cesstartups sont en phase expérimentale, mais OGE en Tanzanie, par exemple, est passée de 10 000 installations par an à plus de 10 000 par mois. » L’objectif d’EAV est « que ces startups atteignent l’équilibre et dégagent une profitabilité pour pouvoir passer à l’échelle supérieure et démontrer la maturité du marché ». Sur ce point, le soutien de banques de développement comme Proparco est « essentiel pour “dérisquer” le modèle et attirer les capitaux », explique Emmanuel Beau. La réussite des entreprises dans lesquelles il investit lui tient d’autant plus à coeur qu’elle est « la condition pour répliquer leur modèle dans toute l’Afrique subsaharienne et peut-être, alors, réussir à rendre l’électricité accessible à 620 millions d’Africains ».