AFRIQUE — L’accès universel à des sources d’énergie fiables, abordables et propres constitue l’un des grands enjeux du développement. Lancée en 2011 par les Nations unies, l’initiative « Énergie durable pour tous » veut fédérer acteurs publics et privés – gouvernements, entreprises et sociétés civiles – pour éradiquer la précarité énergétique.

Un champ d’action sur lequel Proparco est engagée de longue date.

Un milliard quatre cents millions de personnes vivent sans électricité et trois autres milliards dépendent du charbon et de la biomasse traditionnelle (bois, déchets agricoles…) pour satisfaire leurs besoins en éclairage, en cuisine ou en chauffage.

L’Afrique subsaharienne est la région la plus déshéritée en la matière : plus de la moitié de sa population n’a pas accès à l’électricité, soit 620 millions de personnes – et particulièrement en milieu rural. À titre de comparaison, la production électrique de l’Afrique équivaut à celle de l’Allemagne, 13 fois moins peuplée. À quoi s’ajoute un coût moyen du kilowattheure plus cher au sud du Sahara qu’ailleurs : 0,14 dollar contre 0,04 en Asie du Sud, par exemple.

Cette précarité énergétique est une entrave au développement humain, social et économique. Son impact sur l’éducation des enfants ou sur la chaîne de valeur agricole (production, transformation, stockage) a notamment été largement démontré. Pire, encore, 1 400 000 personnes meurent chaque année d’avoir inhalé des fumées toxiques dues aux combustibles utilisés pour la cuisine. La malaria fait moins de morts.

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« Qui peut aujourd’hui vivre sans lumière ? »

Cofondateur d’EAV, Emmanuel Beau voit loin. Il veut apporter une électricité propre et abordable à un million d’Africains d’ici 2025. La condition : mobiliser les investisseurs et lever des capitaux.

Décontracté, le regard assuré, Emmanuel Beau parle avec passion d’EAV, de l’accès à l’énergie, de l’Afrique. Pour ce bientôt trentenaire, aider les habitants des campagnes africaines à s’éclairer, a fortiori à partir de sources renouvelables, répond à une nécessité. Celle de « réinventer le monde dans lequel nous vivons, à commencer par nos modèles de production, de distribution et de consommation d’énergie ». Avant de devenir gestionnaire d’un fonds doté de 54,5 millions d’euros, Emmanuel Beau a fait ses preuves sur le terrain, comme au Sénégal, où il a transformé un atelier de brousse en une entreprise sociale de location-vente de systèmes solaires individuels et collectifs (gérée et soutenue par des institutions de microfinance rurale), jusqu’à la gestion d’investissements solidaires dans le secteur de l’accès à l’énergie en Afrique pour Schneider Electric.

Il incarne cette génération d’entrepreneurs et d’investisseurs français audacieux et mus par l’envie d’agir pour « changer le monde ». Sans angélisme, il insiste sur la nécessité de mobiliser des capitaux « en masse » pour y parvenir. « L’explosion du paiement par mobile, dont l’Afrique est championne, et les évolutions technologiques du solaire permettent de développer des solutions individuelles d’accès à l’énergie à bas coût. Et avec elles, de soutenir des business models qui rendent possible l’émergence de sociétés de capital-risque viables.

Ces startups sont en phase expérimentale, mais OGE en Tanzanie, par exemple, est passée de 10 000 installations par an à plus de 10 000 par mois. » L’objectif d’EAV est « que ces startups atteignent l’équilibre et dégagent une profitabilité pour pouvoir passer à l’échelle supérieure et démontrer la maturité du marché ». Sur ce point, le soutien de banques de développement comme Proparco est « essentiel pour “dérisquer” le modèle et attirer les capitaux », explique Emmanuel Beau.

La réussite des entreprises dans lesquelles il investit lui tient d’autant plus à coeur qu’elle est « la condition pour répliquer leur modèle dans toute l’Afrique subsaharienne et peut-être, alors, réussir à rendre l’électricité accessible à 620 millions d’Africains ».