70 centimes
Prix du premier forfait/jour
20 minutes
Temps pour installer un kit Kingo
100% guatémaltèque
Un guatémaltèque sur dix n’a pas accès au réseau national d’électricité. Soit un million cinq cent mille personnes qui s’éclairent à la bougie et subissent chaque soir l’inconfort et l’insécurité de maisons et de rues plongées dans la pénombre. Jusqu’à l’arrivée de Kingo.

Les innovations combinant énergie solaire et numérique se multiplient dans les pays où le réseau électrique traditionnel reste peu développé. Un boom qui s’explique par des solutions agiles dites « pay as-you-go » (l’usager ne paie que la quantité d’énergie qu’il consomme au jour le jour) et la montée en puissance d’applications qui démocratisent l’accès à l’énergie. Reportage au Guatemala où la jeune start-up Kingo Energy propose une énergie propre et accessible aux populations isolées du pays.

Un bénéficiaire de Kingo
Off-grid power or no power
Cost is obviously a key consideration in a country marked by grinding poverty and high inequality. Half the population lives below the poverty line and 13% lives in extreme poverty – with an even higher proportion among Mayas, who make up 40% of Guatemala’s population and are for the most part farmers in remote areas. As it happens, off-grid solutions have begun to take root in just such areas. Prime examples are Alta Verapaz and Petén, two of the country’s poorest Departments, where conventional power grid coverage is only 44% and 66%, respectively.

“It’s taken us under two years to equip more than 15,000 Guatemalan households,” states Kingo Energy’s CEO. “This has not only given families improved living conditions and greater home security. It also means less time devoted to household chores and more time for children to do school work.” Off-grid lighting systems unquestionably have a lot of upside. Cheaper, more efficient, brighter, they are also safer and produce less pollution than candles and kerosene lamps. Moreover, Kingo requires no cultural adjustment, as users already pay their mobile phone top-ups in the same way.
Paysage guatémaltèque
Des besoins criants
En Amérique centrale, une partie significative de la population n’est toujours pas alimentée en électricité. En dépit des progrès importants réalisés entre 1990 et 2010, en particulier dans les pays où le taux d’électrification était le plus faible, comme au Guatemala, au Honduras ou au Nicaragua, plusieurs millions de personnes sont encore privées de connexion à un réseau électrique. Au Guatemala, par exemple, on compte plus de 300 000 foyers non raccordés qui s’éclairent à la bougie, au kérosène ou grâce à un groupe électrogène.

Si ces solutions de fortune sont légion, une innovation gagne du terrain au coeur des zones les plus reculées du pays : Kingo, un boîtier qui peut être installé et raccordé en une vingtaine de minutes et qui permet de fournir de l’électricité par simple raccordement à un panneau solaire. Cette production dite autonome - « off the grid », en anglais, est totalement déconnectée du réseau électrique national, et donc indépendante des infrastructures centralisées, dont la majorité provient de l’hydroélectricité « C’est la façon la plus rapide et la moins coûteuse de développer l’accès à l’électricité pour les populations rurales », explique Juan Fermin Rodriguez, directeur et cofondateur de Kingo Energy, la jeune entreprise guatémaltèque qui conçoit et distribue ces boîtiers éponymes de couleur orange.
Présentation du kit Kingo
Des solutions off grid sinon rien
Il est vrai que la question du coût est également essentielle dans ce pays marqué par une très grande pauvreté et de très grandes inégalités : la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et 13 % des habitants vivent en situation de pauvreté extrême – une proportion encore plus importante au sein des populations mayas, qui représentent 40 % de la population et qui vivent dans des régions isolées où leur activité est principalement agricole. C’est d’ailleurs là, dans les départements parmi les plus pauvres du pays, dans l’Alta Verapaz et le Petén, que les solutions autonomes ont commencé à se déployer ; là où les taux de couverture du réseau électrique conventionnel étaient les plus faibles (44 et 66 % respectivement pour ces deux régions).

« En moins de deux ans, nous avons équipé plus de 15 000 foyers au Guatemala, annonce le directeur de Kingo Energy. Cela a permis aux familles d’améliorer leurs conditions de vie, la sécurité de leur foyer mais aussi de réduire le temps des activités domestiques et de favoriser les études des enfants. » Et il est vrai que les produits d’éclairage off-grid cumulent les avantages : moins chers, plus efficaces, plus lumineux, ils sont aussi moins dangereux et moins polluants que les lampes à kérosène ou les bougies. Qui plus est, ce mode de consommation ne nécessite aucune adaptation culturelle de la part des utilisateurs : ils paient déjà leur recharge de téléphone au forfait.
Installation des panneaux solaires
Un panneau solaire sur le toit
Le principe de cette offre écologique ? Pour commencer, un panneau solaire individuel est installé sur le toit de la maison moyennant la signature d’un contrat sans engagement de durée et assorti du paiement des unités de temps (heure, jour, semaine, mois), le tout à la manière des recharges de téléphone portable. Une fois le kit installé et les codes prépayés entrés par le client, l’accès à l’électricité est débloqué. Notons que le déblocage se fait de manière indépendante d’une couverture GSM, ce qui rend le système accessible même dans les zones les plus reculées. Ce système « pay-as-you-go » n’implique ni l’achat du matériel par le client, ni le paiement de l’installation du dispositif et qui intègre une garantie et un service après-vente perpétuel assuré par les équipes de Kingo sur simple appel.

Ensuite, les clients ont le choix entre deux offres : soit le kit de base Kingo 15, qui permet d’alimenter trois ampoules (cinq heures d’éclairage par jour) et de recharger un téléphone portable par jour pour un tarif quotidien de 60 quetzals (70 centimes d’euros) ou de 110 QTZ par mois (13 euros) ; soit l’offre supérieure Kingo 100, qui assure suffisamment de puissance pour éclairer la pièce principale de la maison pendant cinq heures, recharger trois téléphones portables et alimenter deux équipements électriques (ventilateur, télévision, ordinateur, radio, etc.). À l’avenir, le paiement du forfait pourra se faire par téléphone portable en utilisant, par exemple, les services financiers de sociétés intermédiaires. Pour le moment, toutefois, l’insuffisante bancarisation de la population ne le permet pas, et c’est donc dans les petites épiceries de première nécessité, ou directement auprès des représentants de Kingo, qui reçoivent une commission de 6 %, que les personnes viennent acheter leurs cartes de recharge.
Des enfants travaillent grâce à l'électricité de Kingo
« Ça a changé ma vie »
Elena Laj Yuja de Gua et son mari Jorge se sont installés il y a deux ans dans le village de Caserío El Limón dans la province du Petén, à deux heures de Flores. Cette mère de 4 enfants dit que l’arrivée de Kingo a changé sa vie. « Avant, il fallait se lever plus tôt, entre 4 et 5 h du matin, et s’éclairer à la bougie pour préparer les repas de la journée. À présent, il est possible de s’organiser différemment, de se lever plus tard, de passer plus de temps avec la famille, de remplir mes tâches pour l’association des femmes du village et surtout, cela permet aux enfants d’étudier une heure par jour. Jamais je n’avais imaginé que Kingo viendrait ici. À présent, nous sommes quinze familles à utiliser l’électricité. Tout le monde veut la lumière ! »

Désormais, avec son forfait Kingo 15, Elena peut éclairer sa maison plus de cinq heures par jour, recharger son portable et organiser les devoirs des enfants, sécuriser la maison et, tout cela, en faisant 25 % d’économies chaque mois. « Avant, je devais acheter des bougies et j’en utilisais trois ou quatre par jour. Il y avait forcément un risque d’incendie dans la maison. Sans compter le danger, une fois la nuit tombée, d’avoir des vipères qui serpentent dans la maison alors que les enfants jouent encore. Avec la lumière, c’est différent, les animaux ne viennent plus et les enfants peuvent jouer ou étudier quand il le faut. »

Autant dire que de tels témoignages motivent les équipes de Kingo Energy pour développer l’accès à leur solution dans les provinces reculées. Elles prévoient d’ailleurs d’équiper 2 millions de foyers d’ici à 2020 et de développer l’offre commerciale dans d’autres pays. Pour les dirigeants de l’entreprise, en effet, le marché ne s’arrête pas aux frontières du Petén. Après une levée de fonds de 5 MUSD plus une dette convertible d'environ 4 MUSD, de la part de FMO, ils entendent lever huit autres millions lors d'une seconde levée de fonds qui permettrait de lancer les opérations au niveau régional : en Colombie, au Honduras, au Nicaragua, mais aussi au Mexique.
Le boitier Kingo
Altruisme et rentabilité
Selon les projections de l’Agence Internationale de l’Énergie pour les pays d’Afrique, « en 2040, deux tiers des systèmes autonomes et des mini-réseaux des zones rurales seront alimentés par le solaire photovoltaïque, les petites centrales hydroélectriques ou l’éolien ». Ainsi, depuis plusieurs années, de nombreuses start-up se sont lancées dans l’aventure énergétique africaine. Elles se concentrent pour partie sur les projets solaires hors réseau et commencent à récolter les fruits de leurs investissements.

Pour Juan Fermant Rodrigue, qui a quitté sa carrière chez Procréer & Amble et qui a tout misé sur sa start-up, il est indispensable que Kingo remplisse ses engagements tout en étant rentable. « Je crois fermement que notre approche est la bonne et que nous pourrons à la fois être profitables et à la fois servir le bien public. » Sans doute une approche léguée par une éducation altruiste d’un père travaillant déjà pour des projets de coopération dans des zones rurales du pays ? « Ce qui compte pour nous, c’est que nos services, nos logiciels, les matières premières de nos équipements soient de plus en plus performants et permettent d’offrir davantage de services à nos utilisateurs. Avec l’arrivée sur le marché de nouveaux composants, nous allons pouvoir créer des batteries plus petites et de plus longue durée, donc atteindre des zones encore plus reculées et devenir une solution accessible à encore plus de personnes. »
Installation d'ampoules électriques
Rien ne se fera sans capitaux privés
Est-ce que ces progrès technologiques permettront de couvrir l’ensemble de la région en énergie propre ? Pas si simple… À l’échelle mondiale, et dix ans après l’émergence des premières solutions innovantes dans le domaine, aucun modèle économique – que ce soit le pay-as-you go, le rent-to-own ou le perpetual lease comme Kingo – n’est encore parvenu à dominer le marché, lequel suit pourtant des trajectoires équivalentes au marché de la téléphonie portable, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ces perspectives permettent à Kingo d’envisager un retour sur investissement à portée de main. « Notre connaissance du marché et notre adaptabilité nous permettent d’investir de façon rentable tout en réduisant les écarts de pauvreté. Toutefois, les besoins financiers étant tels, il est essentiel d’être accompagnés par des partenaires financiers tels que Proparco et le FMO qui acceptent de prendre des risques que les banques locales ne sont pas en mesure de prendre », souligne le directeur de Kingo Energy.

Et de fait, au Guatemala, seul un investissement massif permettra de faire la différence. Alors qu’une minorité détient les richesses du pays (en 2014, 260 personnes concentraient 57 % du PIB, soit 30 milliards de dollars), rien n’est possible sans capitaux privés ni aide des institutions financières dans un pays qui tente de limiter l’endettement public. Ce sont ces deux leviers qui permettraient, éventuellement, de réduire l’écart qui sépare les communautés rurales des habitants des villes, tant en matière d’offre d’énergie que d’opportunités économiques.
Un enfant apprend à utiliser le boitier Kingo
DE L’ART DE REBONDIR
Pour Juan Fermin Rodriguez, les choses démarrent en 2010 lorsqu’il quitte Procter & Gamble pour cofonder une première entreprise, Quetsol, sur le modèle « pay-to-own ». Lancée avec le soutien des institutions de microfinance locales, Quetsol fait alors le pari de fournir aux foyers guatémaltèques les plus précaires l’accès à l’électricité à moindre coût pour remplacer la bougie et le générateur. Si elle est bien inspirée, cette première initiative échoue, la question du remboursement de l'emprunt et la solvabilité des clients, ainsi que les coûts unitaires du panneau et de la batterie faisant barrage à un business model pérenne. Réactif et « agile », comme on aime à qualifier les entrepreneurs capables de réinventer leur modèle rapidement, Juan Fermin rebondit vite. Avec son associé « JJ », Juan José Estrada, il développe une offre sur le mode opératoire des télécoms et met à disposition des services d’électricité solaire dont les coûts d’installation sont désormais supportés par sa nouvelle société, Kingo Energy. Cette nouvelle solution est rendue possible grâce à deux choses : une levée de fonds auprès de plusieurs investisseurs, dont le FMO et Proparco, et la baisse de 80 % du coût des installations solaires depuis 2008, ce dernier point rendant l’option compétitive avec les énergies fossiles.