Plus de
40 élèves
formés en 2 ans
11 mois
de formation
16,4 millions d'euros
pour rénover et agrandir l'hôtel Salam, qui accueille l'école
La première école hôtelière en alternance du mali, l’école Chiaka Sidibé, a ouvert ses portes en 2015, à Bamako. Ayant pour but de développer l’enseignement hôtelier et touristique dans le pays, elle est née de la rencontre entre un chef d’entreprise visionnaire, Mossadeck Bally, PDG du groupe hôtelier Azalaï, Proparco et ses partenaires, qui ont fait le pari de la jeunesse et de l’avenir du Mali.

Au Mali comme ailleurs, l’infrastructure hôtelière, notamment haut de gamme, constitue un puissant levier de développement économique, par sa capacité à accueillir la clientèle d’affaires et à accompagner l’activité touristique. La création d’emplois et le recours aux entreprises locales pour la rénovation et l’exploitation des hôtels du groupe ouest-africain Azalaï, auquel Proparco a accordé un prêt de 16 millions d'euros en 2015, permet de dynamiser l’économie locale. Et créé de nouvelles opportunités pour la jeunesse malienne. Reportage dans la première école hôtelière du pays.

Une élève de l'école hôtelière Chiaka Sidibé
Entrée de l'école hôtelière Chiaka Sidibé
Economie et tourisme au Mali
Vaste pays d’Afrique de l’Ouest enclavé, s’étirant entre le Tropique et l’Équateur, le Mali compte 17,6 millions d’habitants et une croissance démographique de 3,6 % par an. Après des années d’expansion, le pays s’est enfoncé dans une crise politique et sécuritaire déclenchée par le coup d’État de 2012 et l’occupation de la moitié nord du pays par les rebelles touaregs et les groupes djihadistes ; crise qui a débouché sur l’intervention militaire internationale.

Peu diversifiée et reposant essentiellement sur la culture du coton, l’économie malienne a beaucoup souffert de cette crise et le tourisme, qui s’était développé pendant la décennie 2000-2010, s’est effondré. Classé au 179e rang sur 188 pays de l’indice de développement humain du programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Mali est un pays fragile. Pourtant, les efforts de l’aide internationale, relancée dès 2013, les mesures envisagées par le gouvernement, la mobilisation de certains entrepreneurs et les initiatives en faveur d’un retour à la normale permettent d’espérer le retour du pays sur le chemin de la croissance et le développement de nouveaux projets comme celui de Chiaka Sibidé.

Ainsi, et même s’il n’est pour l’heure plus question d’aller en pays Dogon ou à Tombouctou, le tourisme d’affaires a repris à Bamako. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a d’ailleurs enregistré 168 000 visiteurs en 2014, un chiffre qui reflète les efforts du gouvernement pour mettre en place un environnement favorable à l’investissement.
Elèves de l'école Chiaka Sidibé au Mali
5 mois pour ouvrir l'école
La création de l’école hôtelière Chiaka Sidibé (EHCS) s’inscrit dans ce contexte partagé entre l’instabilité politique et l’espoir d’une reprise économique et V d’un développement inclusif. « C’est un projet de coeur, vieux de 10 ans, qui a été relancé plusieurs fois », explique Aminata Soumah, DRH du groupe Azalaï et coordinatrice du projet. Selon elle, dans une Afrique de l’Ouest francophone qui devrait à nouveau arriver en tête de la croissance africaine pour la troisième année consécutive et où le secteur de l’hôtellerie cherche à mettre en place de nouveaux standards, ce projet d’école a toute sa place.

« Cette école est née du besoin de combler un manque, poursuit Mossadeck Bally, PDG du groupe hôtelier Azalaï. Nous n’arrivions pas à trouver des jeunes ayant une formation initiale en hôtellerie, alors nous avons souhaité prendre les choses en main, créer une école et former les jeunes nous-mêmes. » Une rencontre va alors tout accélérer : celle de Bernard Creff, finistérien et ancien directeur régional du groupe Accor ayant toujours la bougeotte et le goût des défis. Fort de son expérience de pionnier au Cambodge, où il a créé une école des métiers du tourisme et de l’hôtellerie à Siem Reap qui forme aujourd’hui plus de 300 élèves par an, Bernard Creff lance le projet malien début 2015. Très vite, il recrute l’ancien responsable de Campus France, Nicolas Huet, comme directeur. L’école, qui porte le nom d’un fidèle collaborateur de Mossadeck Bally décédé en 2010, ouvre ses portes en septembre 2015, dans les locaux de l’Hôtel Azalaï Dunia. « Mossadeck Bally m’a embarqué dans cette belle histoire et nous avons monté l’école de Bamako en cinq mois à peine », raconte Bernard Creff.
Des élèves de l'école hotelière Chiaka Sidibé au Mali
Proparco, de retour après 15 ans
Mais le PDG d’Azalaï n’en reste pas là. De retour au Mali après 15 ans d’absence, Proparco se rapproche du groupe, et ce, dans le cadre de son action prioritaire dans les pays fragiles d’Afrique subsaharienne et de sa politique de soutien au secteur privé. Pour la direction de Proparco, en effet, il est évident que le développement de l’industrie hôtelière est indispensable pour accompagner le retour des investisseurs. Elle accorde donc un prêt de 16,4 millions d’euros destiné à la rénovation et à l’extension de l’hôtel Salam, fleuron du groupe Azalaï à Bamako ; prêt assorti d’une assistance technique sur trois ans destinée à consolider le business model de l'école et aider à mettre en place les programmes de formation de l'école.
Elèves de l'école hôtelière Chiaka Sidibé
L’alternance, un modèle inédit au Mali
Le modèle de l’alternance à 50 %, tel qu’il est proposé par l’école Chiaka Sidibé, est très innovant au Mali : les formations existantes, tout particulièrement pour les métiers du tourisme, y sont la plupart du temps théoriques. Mais si la priorité absolue va à la pratique, les élèves suivent également des cours de français, d’anglais, d’informatique et de culture générale.

Pour intégrer l’EHCS, les candidats doivent passer des tests écrits de niveau BEPC et un entretien individuel. Les frais de scolarité sont de 250 000 FCFA, soit environ 380 euros pour l’année. Dès leurs premiers jours, les élèves reçus sont plongés dans le vif du sujet, maniant assiettes et couteaux à découper. Ils partent rapidement au Grand Hôtel mitoyen faire leurs premiers pas en salle et, à peine deux mois plus tard, sont engagés comme stagiaires dans les hôtels et restaurants de Bamako.
Daniel Hougnon, propriétaire du Badala Hôtel, dont le magnifique restaurant surplombe le fleuve Niger, a tout de suite accepté le partenariat avec l’EHCS. Cet ancien du groupe Accor, fort de 50 ans d’expérience dans le secteur – dont la plupart en Afrique – accueille cinq stagiaires. Il a même embauché l’un d’eux, Luc Kassogué, issu de la dernière promotion. Initialement serveur, Luc se forme en cuisine sur ses jours de congé et rêve d’ouvrir son propre hôtel.
Nicolas Huet, Directeur de l'école
La bonne attitude
Très exigeant avec ses jeunes recrues, Daniel Hougnon apprécie qu’elles soient vite opérationnelles, « passionnées par le métier, avec la bonne attitude ». Soulignant son besoin permanent de personnel compétent, il se dit prêt à les embaucher. Le groupe Azalaï envisage, pour sa part, de recruter 30 % d’élèves de chaque promotion. Pour celle de 2016-2017, l’école a passé un partenariat avec l’ONG SOS Villages Mali, afin de permettre l’intégration de 25 élèves venus de milieux ruraux. Et la formation « service en salle et commis de cuisine » s’est élargie à la spécialité « boulangerie-pâtisserie », très demandée à Bamako, ce qui a fait passer les effectifs de 40 à 60 élèves.

« Nous disposons de onze mois pour former des professionnels », résume Nicolas Huet. À l’issue de leur formation, les étudiants répondent d’un niveau CAP et d’une employabilité maximale : « Sur la première promotion, tous ceux qui le voulaient ont trouvé un travail », renchérit le directeur Nicolas Huet. Un constat que partage Thomas Brissiaud, professeur de cuisine en tant que Volontaire du service international (VSI), ce jeune chef est impressionné par le niveau de motivation des élèves : « Ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Ils sont conscients qu’ils sont là pour apprendre un métier ; que c’est déterminant pour ne pas être au chômage. »
Mossadeck Bally
Du travail pour éviter le pire
Aujourd’hui plus que jamais, les jeunes Maliens ont besoin d’opportunités économiques et de solutions qui répondent à leurs aspirations. Même diplômés, ils sont le plus souvent victimes du chômage, confrontés à un cortège de formations universitaires inadaptées et à la crise générale des apprentissages. Un véritable fléau au Mali, dont les chiffres officiels (10,3 % de chômage en 2014) ne reflètent que partiellement la situation critique du pays où, selon le PNUD, au moins 50 % des 15-39 ans seraient affectés par le chômage ou le sous-emploi.

Sur ce point, Mossadeck Bally est très clair : « Nous pensons que c’est de la responsabilité sociale de notre entreprise que de réinvestir dans cette formation ; de donner une chance à ces jeunes qui autrement, peut-être, iraient grossir les rangs des terroristes, ou seraient tentés par une aventure en traversant le désert et la Méditerranée, avec tous les risques que nous connaissons. »
Etudiants de l'école Chiaka Sidibé
Gratifiant pour tous
Ayant aussi fait le choix de la parité, l’école compte désormais une majorité d’étudiantes : là encore, c’est une petite révolution culturelle, alors que l’autonomisation des femmes est une question centrale au Mali, et que, dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, elles restent sous-représentées, tant dans les fonctions dirigeantes qu’opérationnelles. Pour elles, plus encore que pour leurs collègues masculins, la formation est un atout capital : en suivant le cursus de l’EHCS et grâce à l’alternance, les jeunes femmes améliorent leurs connaissances, leurs compétences et leurs aptitudes professionnelles. Dans ce projet, les hommes et les femmes travaillent ensemble, ce qui instaure une forme de dynamique paritaire bénéfique pour les deux parties.

Désormais, l’école Chiaka Sidibé a ses fidèles. Très populaire à Bamako, le restaurant d’application permet aux fins gourmets de la capitale de venir goûter les plats préparés par les élèves et le pain déjà renommé que fabrique l’école, et ce pour 10 000 FCFA, soit 15 euros. Un moyen pour l’établissement de faire connaître ses savoir-faire tout en rentrant dans ses frais.

Mais le succès de l’école, dépasse la sphère des gastronomes. L’engouement est semblable auprès des employeurs qui réclament des élèves avant même que ces derniers aient terminé leur formation. « Devant le succès de notre première promotion et les retours très positifs des entreprises partenaires, nous avons décidé d’augmenter la taille de la promotion 2017, d’ouvrir deux nouvelles classes en 2018 et de recruter davantage de personnes pour former 100 élèves par an. Nous formons donc plus de jeunes et faisons appel à davantage d’entreprises africaines et de partenaires », annonce Mossadeck Bally.

Aujourd’hui, M. Bally a décidé d’essaimer le concept dans la région, sentant qu’il y avait des débouchés et une vraie volonté des professionnels d’améliorer le secteur. L’EHCS recherche donc d’autres investisseurs pour se pérenniser. Elle aspire à devenir une « structure autonome, solide et reconnue dans la sous-région », explique la directrice des ressources humaines, Aminata Soumah. L’objectif est d’élargir l’offre de formation, de construire des nouvelles salles de cours pour couvrir tous les métiers de l’hôtellerie : l’accueil/réception, puis le service en chambre, et à terme la formation des managers. Le cursus qualifiant devrait aussi pouvoir être validé comme formation diplômante par l’État. « D’ici quelques années, nous espérons répliquer ce modèle ailleurs en Afrique et nous engager dans de nouvelles initiatives semblables à celle de Chiaka Sibidé », ajoute-t-elle. Un projet ambitieux qui répond à un réel besoin puisque l’on estime que le nombre d’offres non pourvues en restauration est en hausse chaque année dans les pays d’Afrique subsaharienne.