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AfriqueTunisie
une formation d'élite pour les ingénieurs
ESPRIT
accueille près de 5 000 étudiants chaque année
en faveur d'une offre éducative privée de qualité

Un haut niveau d’éducation, un diplôme reconnu à l’international et de bonnes perspectives d’emploi : les fondateurs d’Esprit ont de grandes ambitions. En quinze ans, la petite école d'ingénieurs qui formait 40 étudiants par an en accueille aujourd'hui près de 5 000 chaque année.

"Our goal, our DNA, is the employability of our graduates"

Mohamed Jaoua, co-founder of the ESPRIT school
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Contre le chômage et l'obscurantisme, former des ingénieurs
Dans la technopole d’El Gazala, au nord de Tunis, se trouve l’une des meilleures écoles du pays : Esprit – pour École supérieure privée d’ingénierie et de technologie. Elle a ouvert ses portes il y a 12 ans avec 40 étudiants. Elle en compte près de 5 000, aujourd’hui, certains venus de toute l’Afrique francophone.
Ce qui la distingue ? Un taux de placement à 85 % de ses étudiants six mois après leur sortie de l’école dans un pays où le chômage des diplômés dépasse les 30 %, voire plus.
Son slogan ? « Se former autrement ». L’école a pris ses distances avec le modèle pédagogique « traditionnel », en valorisant l’apprentissage par la résolution de problèmes qui vise à « mettre l’étudiant en situation réelle de travail en entreprise », explique son directeur, Naceur Ammar.

Esprit forme aujourd’hui 15 % des ingénieurs tunisiens et dispose de dix accords de double diplôme à l’international, notamment avec des établissements français. Elle est aussi « l’une des premières écoles sur le continent africain à avoir obtenu le label EUR-ACE, l’accréditation européenne des formations d’ingénieur », rapporte Mohamed Jaoua, également à l’origine d’Esprit.

Cette école a été créée par trois hommes, acteurs de réformes dans l’enseignement supérieur public, où ils ont fait carrière : Tahar Ben Lakhdar, Naceur Ammar et Mohamed Jaoua. « Esprit forme des ingénieurs pour les entreprises, pour le développement du pays, pour la création de richesse. Notre objectif, notre ADN, c’est l’employabilité de nos diplômés », explique M. Jaoua. Les trois hommes sont animés par la même volonté d’« offrir un enseignement supérieur d’intérêt général ».

Chez Esprit, les frais d’inscription oscillent autour de 2 500 euros par an (5 500 dinars). Un montant qu’ils invitent à comparer avec ceux d’une grande école française ou américaine. « Notre intention est de réduire la fracture sociale en Tunisie : nous ne voulons pas d’une formation réservée aux plus aisés. » C’est pourquoi Esprit a créé « une fondation qui attribue à des jeunes à fort potentiel des chèques pouvant aller jusqu’à 100 % des frais d’inscription, en fonction de leur condition sociale ».
Etudiant en informatique
Un incubateur pour libérer les talents
Chaque année, les étudiants d’Esprit remportent de nombreux concours technologiques internationaux. D’autres intègrent les majors de la Silicon Valley. Pour nourrir ces talents, les fondateurs d’Esprit ont créé en 2014 un incubateur de startups au sein du campus. « Nous voulons donner à ceux qui ont la volonté d’entreprendre la possibilité de tester leurs idées (des solutions technologiques), de les mûrir et de les lier à un besoin sur le marché », explique son directeur, Alaya Bettaieb.

Espaces de travail spacieux, mentoring pendant six mois, partenariats avec des entreprises comme Samsung… autant d’ingrédients qui portent leurs fruits. Parmi les premiers « incubés », l’un démarche aujourd’hui aux États-Unis, l’autre part à Dubaï intégrer un accélérateur de startups et le dernier a réussi à lever des fonds localement pour créer sa start-up à Sfax (deuxième ville du pays).

Pour aider l’incubateur à se développer, Proparco a participé, en 2015, au financement d’une assistance technique, confiée à Mercy Corps, une ONG internationale dédiée à l’entrepreneuriat et l’employabilité des jeunes. « Notre rôle est de conseiller Esprit sur son modèle d’incubation et de connecter cette initiative à des solutions de marché en Tunisie et à travers le monde, explique son directeur local, Bertrand Effantin. Mercy Corps accompagne une initiative similaire à Gaza, qui bénéficie d’un important réseau de mentors business, mais pas des mentors technologiques dont dispose Esprit. Il serait intéressant de favoriser le partage d’expérience et la mise en réseau entre ces deux incubateurs. »

Connecter l’incubateur à l’écosystème mondial, aux investisseurs, mais aussi l’« ancrer davantage au sein de l’école pour qu’il profite à tous et catalyse la richesse et l’innovation déjà présentes dans cet établissement », voilà les défis que veut relever l’équipe d’Esprit. À une époque où la question de la formation supérieure de la jeunesse se pose avec acuité en Afrique, M. Ben Lakhar se plaît à espérer qu’avec le soutien de bailleurs comme le groupe AFD, « le modèle d’Esprit puisse être adapté demain en Afrique subsaharienne, avec des acteurs locaux, à des coûts adaptés au pouvoir d’achat, et sans sacrifier la qualité ».
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Un actionnariat tripartite
La force d’Esprit tient aussi à la mixité de sa gouvernance. Ses fondateurs ont réussi à réunir une soixantaine d’universitaires et d’ingénieurs autour du projet (ils détiennent un tiers du capital), ainsi qu’une douzaine d’entreprises des TIC et d’investisseurs institutionnels, rejoints par Proparco en 2012, laquelle a pris une participation à hauteur de 2 millions d’euros dans l’établissement.
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L'incubateur d'Esprit
L’incubateur d’Esprit a été créé pour libérer les initiatives des étudiants de l’école, pour leur donner la possibilité de faire mûrir leurs idées et le goût d’entreprendre.
Fin 2015, les pouvoirs publics ont donné le coup d’envoi au projet Smart Tunisia, fruit d’un partenariat public-privé, destiné à faire du pays un hub technologique attractif. Avec une cohorte de 600 élèves en quatrième année dans les TIC, Esprit abrite quelques-uns des talents pour relever ce défi.