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Numéro 3 - Quel équilibre entre soutenabilité financière et enjeux sociaux dans le secteur de la microfinance ?
Editorial
Par Luc Rigouzzo, Directeur Général de Proparco
Après le succès du deuxième numéro de Secteur privé et développement, consacré aux problématiques d’accès à l’eau, Proparco a choisi d’aborder dans ce numéro les défis que doit relever aujourd’hui le secteur de la microfinance. La vertu fondamentale de la microfinance est d’avoir su démontrer ces dernières années que la mise en place de services financiers réservés aux plus démunis est non seulement possible et nécessaire, mais qu’elle peut être aussi rentable.
En effet, en référence au concept de “Bottom of the Pyramid”, introduit par les économistes S.L. Hart et C.K. Prahalad, s’implanter sur les marchés des populations à bas revenus - et les servir - peut être “la plus grande opportunité de l’histoire du commerce” tout en luttant contre la pauvreté. La microfinance semble illustrer parfaitement ce concept. S’il est vrai qu’elle implique un surcoût pour les emprunteurs les plus pauvres, celui-ci peut être compensé par la rentabilité de l’investissement financé. Par ailleurs, le secteur de la microfinance s’est souvent avéré plus “résilient” que le secteur bancaire, notamment dans les pays en crise – c’est le cas, par exemple, pour la République démocratique du Congo. Toutefois, la crise actuelle a révélé plusieurs faiblesses systémiques du secteur et a démontré la nécessité de consolider les fondamentaux, de renforcer la régulation du secteur et de mieux maîtriser la quête de croissance et de rentabilité des institutions de microfinance (IMF). Sans ces évolutions, le surendettement des clients deviendra un risque réel et le développement de ce secteur se fera aux dépens de ses objectifs de lutte contre la pauvreté. Je voudrais remercier chaleureusement chacun de nos auteurs pour leurs contributions; elles ont non seulement le mérite de remettre en cause certaines idées reçues mais aussi de questionner le rôle et les stratégies de chacun des acteurs. Comme ils le démontrent, la capacité financière des investisseurs “à objectifs sociaux” ne suffit plus à répondre aux demandes considérables de financement des IMF – qui sont estimées à 200 milliards de dollars sur le long terme. De nouvelles sources de financement sont donc indispensables et les investisseurs privés ont vocation à jouer un rôle essentiel pour le secteur, en apportant notamment les fonds nécessaires à la poursuite de la croissance des IMF. Les acteurs privés doivent toutefois rester conscients de leurs responsabilités et être régulés afin de maintenir la vocation sociale de cet instrument de lutte contre la pauvreté. La consolidation de la supervision et le développement des mesures d’impact sont dorénavant indispensables pour cadrer et adapter l’ensemble des actions – sans pour autant étouffer la capacité d’innovation, qui est une des caractéristiques du secteur depuis ses débuts.
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