Par Luc Rigouzzo, Directeur Général de Proparco
La couverture, via le secteur privé, des besoins en infrastructures de base des populations des pays du Sud est au cœur du mandat de Proparco. Les pays en développement souffrent de graves déficits en ce domaine. L’accès à l’eau potable, notamment, est loin d’être généralisé et les services d’assainissement sont rares. Nous avons donc choisi de consacrer à ce sujet ce deuxième numéro de « Secteur privé et développement » – revue bimestrielle qui vise à croiser les opinions de notre communauté d’investisseurs avec celles d’experts académiques et de membres de la société civile.
L’Afrique subsaharienne est le continent qui fait face aux plus grands défis : moins d’un habitant sur six dispose d’eau courante à domicile et plus de 40 % des habitants n’ont même pas accès à un point d’eau amélioré. Consciente de l’ampleur de ces problèmes, la communauté internationale s’est mobilisée autour des Objectifs du millénaire pour concentrer son action et ses moyens autour d’une série d’objectifs mesurables à atteindre en 2015 (par exemple, réduire de moitié la proportion de personnes n’ayant pas accès à une eau salubre). Toutefois, l’aide publique au développement, aussi généreuse soit-elle, ne sera pas en mesure d’apporter la totalité des moyens nécessaires à la réalisation de ces objectifs ambitieux. À titre d’exemple, les investissements requis annuellement dans le domaine de l’eau et de l’assainissement pour parvenir aux Objectifs du millénaire s’élèveraient à environ 80 milliards de dollars, à comparer à la centaine de milliards d’aide au développement disponible – tous secteurs confondus – au niveau mondial.
Par ailleurs, les financements privés « classiques » ne s’orientent pas spontanément vers les économies fragiles. Il y a donc urgence à promouvoir des partenariats efficaces entre acteurs publics et privés, qui permettent à la fois de répondre à l’ampleur des besoins d’investissement, d’améliorer la gestion des projets, mais également de mobiliser à long terme l’épargne locale.
Les partenariats public-privé (PPP) peuvent permettre l’amélioration de la gestion des services publics, l’apport de capitaux privés à un projet d’intérêt public ; ils favorisent par ailleurs la production de services de base à un coût accessible au plus grand nombre. La responsabilité de la puissance publique est alors de garantir l’intérêt général en se concentrant sur les fonctions d’impulsion, de prescription et de contrôle, car au final, ce sont les populations qui doivent bénéficier des nouveaux services proposés. Le rôle des institutions financières de développement doit plutôt consister à exercer un effet de levier sur les ressources privées, au moyen des divers outils financiers disponibles, afin de permettre l’émergence de PPP pérennes, c’est à dire économiquement efficaces, financièrement rentables, socialement et environnementalement équitables.
Après s’être puissamment imposés au sein des sociétés industrielles, les PPP occupent une place croissante dans les pays émergents et en développement. Il est toutefois exact que l’histoire récente des PPP a aussi été émaillée d’échecs largement médiatisés qui ont eu tendance à masquer le nombre croissant de réussites.
Un des grands mérites des auteurs de ce numéro – que je remercie chaleureusement pour leurs contributions – est de faire disparaître un certain nombre d’idées reçues et de montrer que le secteur de l’eau, malgré sa rentabilité à long terme, est un de ceux qui a enregistré paradoxalement le plus grand nombre de réussites. C’est particulièrement le cas en Afrique, où le nombre de points d’eau sous gestion privée a fortement augmenté, permettant l’accès à l’eau à plus de 100 millions de personnes, en réduisant substantiellement (dans la plupart des cas) les pertes en eau. Nous constatons aussi que les PPP sont souvent des partenariats construits avec des entreprises locales de taille moyenne et que les grands groupes internationaux n’en ont plus l’exclusivité. Enfin, la nature des services (production, distribution etc.) tend à se diversifier.
Les PPP ne représentent bien évidemment pas une panacée, mais les contributions de ce numéro montrent que si les réalités politiques et sociales sont bien prises en compte et qu’un cadre de régulation solide est mis en place, l’investissement privé peut jouer un rôle primordial dans l’accès des plus pauvres à l’eau – et plus généralement, à l’ensemble des services essentiels.
En vous souhaitant une bonne lecture de ce second numéro de “Secteur privé et développement”, je vous remercie pour l’accueil que vous avez d’ores et déjà réservé à notre revue. N’hésitez pas à vous abonner gratuitement et à la faire connaître autour de vous.