Numéro 5 - Les marchés financiers en Afrique : véritable outil de développement ?

Numéro 5 - Les marchés financiers en Afrique : véritable outil de développement ?

Editorial

Par Luc Rigouzzo, Directeur Général de Proparco

Les marchés financiers africains ont connu, depuis le début des années 1990, une croissance spectaculaire ; alors une douzaine, ils sont maintenant 23 et couvrent l’ensemble du continent. La capitalisation boursière a été multipliée par neuf, et plus de 2 000 entreprises sont maintenant cotées. Depuis quelques années, les introductions en bourse se sont multipliées, permettant à certaines banques ou à des entreprises de lever des capitaux considérables – ce qui démontre, à n’en pas douter, la profondeur de l’épargne locale et l’intérêt des investisseurs nationaux pour les places boursières.

Près de 4 milliards de dollars ont ainsi été levés localement sur la seule bourse de Lagos, au Nigéria, dans les années 2000. Grâce aux programmes de privatisation, des centaines de milliers d’africains sont devenus actionnaires des grandes entreprises de leurs pays. La taille de ces marchés, pourtant, reste faible – tant à l’échelle mondiale qu’à celle des économies africaines. La liquidité est souvent inexistante, rebutant des investisseurs étrangers encore trop peu présents sur ces places boursières. Les entreprises hésitent à entrer en bourse, et ne parviennent que rarement à se financer par le biais d’emprunts obligataires.
 
Ce cinquième numéro de la revue Secteur privé et développement dresse un panorama complet des évolutions (récentes et à venir) des marchés financiers africains. Il s’agit aussi d’évoquer leur utilité et leurs effets sur les économies africaines et de s’interroger : n’est-il pas encore trop tôt, dans le « parcours Développemental » du continent, pour investir dans la création de marchés financiers ? Qu’apportent réellement les places boursières aux entreprises qui font le choix de la cotation ? Quel est l’ancrage populaire de ces marchés ? Et comment s’articulent-ils avec les marchés bancaires – eux-mêmes embryonnaires dans de nombreux pays ?
 
Fidèle à sa ligne éditoriale, la revue Secteur privé et développement fait de nouveau le choix d’une confrontation d’idées entre chercheurs, acteurs du développement et opérateurs privés, investisseurs ou entreprises cotées. Je souhaite remercier l’ensemble des auteurs pour l’originalité et la diversité de leurs points de vue, et pour avoir su dépasser la vision souvent trop simpliste que l’on a des réalités africaines. Un tel sujet, pourtant, aurait pu être entièrement brouillé par les positionnements idéologiques et les débats récents sur la crise ; ce ne fut pas le cas. Les auteurs nous disent à quel point les marchés financiers sont devenus importants pour l’Afrique, à quel point l’outil boursier – avec ses limites et ses faiblesses – est désormais une réalité locale.
 
Proparco a fait le choix, depuis 15 ans, de soutenir avec d’autres bailleurs de fonds le développement des marchés financiers africains. Ce choix est devenu un axe majeur de notre stratégie. Il est important d’évaluer l’impact et la pertinence de ces interventions ; ce numéro de Secteur privé et développement y contribue sans aucun doute. Les articles que vous lirez, je l’espère avec plaisir et intérêt, renforcent notre volonté de poursuivre notre action en faveur de ces marchés – tout en ayant conscience, bien entendu, qu’ils ne sont qu’un élément parmi l’ensemble des infrastructures physiques et financières nécessaires au développement du continent.