Par Luc Rigouzzo, Directeur Général de Proparco
Au moment d’écrire ces lignes et de publier ce nouveau numéro de la revue Secteur privé et développement, Haïti est frappé par un séisme puissant, qui vient de précipiter le pays et sa capitale, Port-au-Prince, dans le chaos. Les conséquences de cette catastrophe sont graves pour un pays qui reste parmi les plus vulnérables du monde malgré les efforts entrepris pour le faire émerger. Grâce à une étude d’évaluation réalisée il y a quelques mois, nous avions prévu, à travers ce numéro de la revue dédié aux impacts développementaux de la téléphonie mobile, de mettre en valeur les enseignements encourageants du développement des télécommunications sur l’Ile. Nous choisissons de maintenir la publication de cet article, parce qu’il est de notre point de vue un exemple à promouvoir, et signe d’espoir et d’encouragement à envoyer en Haïti.
Dans la plupart des pays du Sud, le développement de la téléphonie mobile – impulsé et encadré par des autorités de régulation publiques – s’est fait via le secteur privé. La rapide implantation du téléphone mobile dans un très grand nombre de pays en développement est remarquable ; l’Afrique, par exemple, enregistre au cours des quatre dernières années un taux de croissance annuel moyen du nombre d’abonnés de plus de 40 %. Ce succès – dans un contexte où, pourtant, la part de revenu disponible pour ces nouveaux services pouvait paraître a priori limitée – démontre la pertinence du modèle retenu et, plus largement, témoigne du dynamisme du marché intérieur africain.
Je suis donc heureux de partager avec vous ce quatrième numéro de Secteur privé et développement. Je remercie chaleureusement chacun des auteurs pour leurs contributions ; elles proposent au lecteur une synthèse des différents impacts du développement de la téléphonie mobile au cours des dernières années. Tout d’abord, elles permettent d’estimer son impact macro-économique, en étudiant le lien entre le développement de ce service et la croissance du PIB des pays concernés. En évaluant ensuite l’apport de la téléphonie mobile dans les interactions entre agents économiques et son action dans le développement d’activités génératrices de revenus, il est également possible de mesurer son impact micro-économique. Enfin, l’augmentation des liens sociaux, la baisse de la vulnérabilité de certains ménages, l’accès à de nouveaux services comme la banque par téléphone sont les aspects indéniablement positifs de l’impact social de la téléphonie mobile. Malheureusement, comme le montrent certains articles, elle n’est pas exempte d’effets négatifs ; le poids des dépenses de téléphonie dans le budget des ménages (sans que soit constaté dans le même temps une augmentation des ressources), par exemple, est un facteur d’inquiétude. Par ailleurs, une partie des populations les plus pauvres – rurales en particulier – est exclue de façon persistante de l’accès au réseau.
De nombreux défis subsistent donc. Pour les opérateurs, il s’agira de renforcer la fidélisation des clients et la fourniture de services à forte valeur ajoutée. Pour la puissance publique et les utilisateurs, il faudra améliorer la couverture des populations et assurer la baisse des coûts d’accès au service. Les bailleurs de fonds internationaux, enfin, doivent jouer un rôle dans l’équilibre entre les acteurs, participer à la réduction des effets négatifs de la téléphonie mobile tout en veillant à maximiser ses impacts développementaux. Ils doivent également apporter leur soutien financier à l’expansion de la connectivité de haut débit, afin de faciliter l’accès à l’Internet – qui semble représenter pour les pays en développement un facteur de croissance économique encore plus important que ne l’est la téléphonie mobile.