Numéro 6 - Capital investissement et énergies propres : catalyser les financements dans les pays émergents

Editorial

Par Luc Rigouzzo, Directeur Général de Proparco

Le développement d’une économie plus sobre en carbone est essentiel pour répondre à deux impératifs majeurs auxquels nos sociétés seront confrontées au cours de la prochaine décennie : assurer l’approvisionnement en énergie (menacé par la raréfaction des ressources pétrolières), et répondre au défi climatique. La combinaison de ces deux contraintes débouche probablement sur « une nouvelle révolution industrielle », privilégiant des solutions à la fois sobres et compétitives, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de croissance pour de nombreux secteurs économiques.

La lutte contre le changement climatique n’est pas un frein au développement économique. De nombreux pays émergents, au premier rang desquels la Chine, l’ont parfaitement compris. Un véritable pan d’activités industrielles a vu le jour en quelques années ; aujourd’hui, les entreprises chinoises et indiennes sont devenues des acteurs mondiaux de premier plan dans le domaine de l’éolien, du solaire photovoltaïque, de la voiture électrique. En Afrique – continent confronté à un formidable défi de croissance énergétique – les solutions les plus compétitives sont souvent des solutions d’énergie renouvelable (hydraulique, cogénération, géothermie) aux prix de revient nettement inférieurs aux solutions thermiques. Enfin, les plans de relance keynésiens des pays développés mis en place en 2009 sont tous marqués par une volonté d’investir sur le long terme pour les générations futures et par la certitude que la croissance durable passe par l’allègement en carbone de nos économies.
 
Ce changement de paradigme, pour s’opérer, nécessite cependant des financements considérables. Face à l’ampleur des besoins et aux contraintes budgétaires croissantes pesant sur les finances publiques, l’implication massive des flux financiers privés est essentielle. Les rares flux publics doivent par ailleurs être positionnés de façon à optimiser leur effet d’entrainement et de levier. Les pays émergents, par leur poids futur dans la croissance de la demande en énergie fossile, sont au centre des enjeux tant climatiques qu’énergétiques – alors qu’ils doivent maintenir un rythme de croissance économique soutenu. Dans ce contexte, ce numéro de Secteur privé et développement s’interroge plus particulièrement sur la place du capital-investissement – en tant que marqueur des financements privés – dans l’ensemble des flux destinés au développement des énergies propres dans les pays émergents. Quelle part représente-t-il dans l’ensemble de ces flux ? Comment a-t-il évolué ces dernières années ? Quels sont les freins à l’investissement privé ? Comment les lever ? Quels sont les retours d’expérience des acteurs privés dans ces pays, sur quelle typologie de projets se positionnent-ils ?
 
Nous sommes heureux d’avoir pu rassembler pour ce sixième numéro de la revue Secteur privé et développement une communauté d’auteurs diverse, pertinente et passionnante. Cet ensemble d’articles, emblématique de l’esprit même de la revue, reflète pour le moins notre volonté d’analyser avec recul des problématiques essentielles au développement des pays où nous intervenons. Comme toujours, nous avons fait le choix de multiplier les points de vue différents, en donnant la parole à des chercheurs, des acteurs du développement, et à des acteurs privés. Nous remercions tous ces contributeurs, qui ont participé avec passion à un exercice délicat. Inévitablement, la pertinence et la qualité de leurs analyses nous interpellent sur notre action. Elles ne font cependant que renforcer la pertinence du modèle de Proparco, catalyseur de l’investissement privé sur des problématiques négligées par les marchés, se positionnant à l’interface des politiques publiques et des contraintes des acteurs privés. Elles nous rappellent enfin l’impérieuse nécessité d’une action globale, dans l’ensemble des pays – qu’ils soient développés, émergents ou en développement – pour faire face à ces défis.
Mise à jour en janvier 2011